sur le « test » de Cancun
L’OMC se trouve confrontée à Cancun au programme le plus chargé de sa courte histoire. Accusée de propager l’inégalité entre les pays alors qu’elle tente de prendre en main des dossiers tels que le développement, actuellement confié à l’Onu, l’OMC est soumise à une épreuve dont l’issue sera critique.
L’organisation est perçue depuis sa création en 1995 comme le symbole de l’inégalité globale.
Tout pays choisissant de ne pas rejoindre les 146 États membres se retrouve marginalisé, rejeté hors du cercle du commerce international.
De plus, l’agenda de l’OMC est défini par les multinationales qui n’hésitent pas à recourir au lobbying ou aux « lois d’exclusivité », afin d’atteindre leurs objectifs.
La légitimité de l’OMC
Fondée dans le but de réglementer le commerce international, l’OMC tend à outrepasser ses limites, et se trouve de ce fait confrontée à un problème croissant de légitimité. Ainsi, cette organisation est en train de prendre en main des dossiers comme l’environnement et le développement, dossiers en rapport certain avec le commerce, mais relevant d’autres institutions de l’Onu. Tant que l’OMC continue à empiéter de la sorte sur le champ d’action d’autres institutions, elle se trouvera dépourvue de toute légitimité, et ce point-là est déjà soumis à étude.
Ces tentatives de l’OMC ne sont pas une pure coïncidence, au moment où l’Onu voit ses pouvoirs s’affaiblir graduellement.
L’OMC ne peut offrir aucune perspective d’avenir pour les pays en voie de développement, du fait qu’elle prêche avec ardeur la libéralisation à tout prix et obéit aveuglément aux intérêts des multinationales. L’UE et le Japon en sont les exemples les plus évidents.
Ces deux entités qui exercent des pressions dans le but d’inclure de « nouveaux dossiers », tels les facilités de commerce et d’investissement ainsi que les politiques compétitives, dans l’agenda de l’organisation entendent bien poursuivre leurs pressions dans ce sens, et cela dans des perspectives intéressées.
Les pays développés, riches, ont une perception des « facilités d’investissement » qui diffère totalement de celle des pays en voie de développement. Alors que les premiers conçoivent par là un accès quasi inconditionnel aux marchés étrangers, les seconds y voient un moyen de vendre à l’étranger des possibilités d’investissement, le plus souvent à bas prix. Cela justifie la résistance manifestée par les pays en voie de développement depuis des années à l’inclusion de ces « nouveaux dossiers » dans l’agenda de l’OMC.
11 septembre : le cauchemar et l’espoir
L’ironie du sort a voulu que l’OMC tienne sa réunion annuelle cette année le 11 septembre, date qui coïncide avec deux événements historiques de taille. Le premier, connu de tous, est la deuxième commémoration des attentats du 11 septembre qui ont fait date dans l’histoire, pour leur bilan dévastateur certes, mais aussi pour avoir accéléré la tendance américaine à l’adoption de politiques unilatérales, politiques qui ont privé les instances internationales de leur utilité et de leur rôle. Ces nouvelles politiques ont une fois de plus relégué toute ébauche de « paix mondiale » dans l’oubli.
Cette date coïncide également avec un autre événement que la plupart ignorent et qui marque la mise en œuvre du protocole de Cartagena (Colombie), signé en l’an 2000. Ce protocole qui s’inscrit dans le cadre du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) traite de la sécurité biologique ou « biosécurité ». Mais bien que ce concept puisse sembler en rapport avec les armes biologiques, le domaine visé est plutôt la science et l’industrie génétiques qui ont considérablement évolué au cours des dernières années.
Ratifié par 50 pays, le protocole est entré en vigueur le 11 septembre.
Le protocole de Cartagena trace des limites au commerce international des organismes vivants modifiés (OVM). Il tire son importance du fait qu’il fournit aux pays importateurs les informations requises afin de prendre une décision pour ce qui est de l’achat de la marchandise offerte.
Le directeur exécutif du PNUE, Klaus Toepfer, a déclaré que « la biotechnologie porte en elle un potentiel permettant de renforcer le bien-être des populations, ainsi que des dangers pour la biodiversité et la santé humaine. Le but de ce protocole est d’accéder à la transparence dans le commerce international des OGM (organismes génétiquement modifiés) et de prendre les précautions qui s’imposent pour l’industrie et l’environnement ».
Par conséquent, si un pays signataire décide d’importer des produits génétiquement modifiés, les exportateurs seraient en devoir de présenter tous les documents relatifs, donnant à l’acquéreur une description détaillée de ces produits. En d’autres termes, le protocole pourrait être considéré comme l’application du « principe de précaution », tel qu’il est défini dans le commerce international. Le fait est que les pays qui refusent le « principe de précaution » sont ceux qui défendent l’industrie génétique, sous la houlette des États-Unis, du Canada, de l’Argentine et de la Chine.
On pourrait arguer de l’étendue de l’usage des produits génétiquement modifiés pour affirmer qu’ils ne posent pas problème. Il n’en reste pas moins que cette assertion ne reflète nullement la réalité.
Les recherches entreprises pour définir l’impact des produits génétiquement modifiés sur la nature et l’homme ne sont pas encore suffisantes. Aussi, certains pays, et particulièrement les pays de l’UE, manifestent-ils de la résistance face à ces produits. Le Parlement européen a voté il y a quelques mois une loi imposant de marquer ces produits du label « GM ». Cette initiative renforçant les droits du consommateur a suscité l’irritation des États-Unis. Washington a d’abord proposé de débattre de cette question au cours des réunions de Cancun, proposition rejetée par l’UE. Le président américain George W. Bush a alors porté l’affaire devant l’OMC, bien que ce recours n’ait aucun effet contraignant.
Il ne faut point négliger l’importance d’informer le consommateur de toute modification génétique subie par le produit. Une étude réalisée auprès de consommateurs européens a démontré que 70 % d’entre eux n’achèteraient pas de produits génétiquement modifiés, même s’ils étaient meilleur marché.
Cela signifie que les compagnies produisant ces marchandises, et à leur tête Monsanto, perdent d’emblée une grande part du marché. Cependant, selon les lois actuelles du commerce global, de telles pratiques relatives à l’inscription du label sont taxées de « ségrégationnisme » !
Cela nous pousse à nous demander quelle sorte de système pourrait forcer des populations entières à consommer des aliments dont elles ignorent les ingrédients. Certains appellent cela le commerce global.
Le commerce forcé
L’OMC représente une entorse faite à la signification du mot « commerce », défini comme une activité nécessitant le consentement de deux parties. Les pays développés traitent avec les pays en voie de dévoloppement par la force, du fait de l’absence de consentement. Ce commerce forcé est naturellement étranger à la transparence, au processus de participation démocratique et aux objectifs du développement durable.
Cela est clairement démontré à la lumière de l’expérience libanaise, ou de toute application dans quelque pays que ce soit. L’application de ce nouveau concept du commerce a engendré divers problèmes aux effets ravageurs sur l’environnement et l’homme, comme l’« importation » de tonneaux de déchets toxiques et l’achat et la mise en application de technologies d’incinération mortelles.
Les objections de Greenpeace ne se limitent pas à l’impact de tout cela sur l’environnement. Il serait utopique d’attendre de ce nouveau concept de l’activité commerciale un certain respect pour le monde.
Aussi, les questions tels l’environnement et le développement devraient-elles être débattues au sein d’organisations comme les Nations unies ?
Greenpeace tient à mettre l’accent sur l’importance et la nécessité : a) de la transparence, b) de la démocratie et c) du développement durable. Sans cela, le commerce mondial et son régulateur, l’OMC, seraient toujours utilisés comme un mécanisme permettant de creuser davantage l’écart entre les sociétés et accélérer la destruction de la planète, dans l’unique but de réaliser de plus grands bénéfices.
Basma Badran
Chargée de communication
Greenpeace Méditerranée-Liban


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