L’administrateur américain en chef en Irak, Paul Bremer, a déclaré au cours du forum qui s’est achevé hier à Shouneh, en Jordanie, que l’Irak dévasté par la guerre et 12 ans de sanctions internationales devait entrer dans l’économie de marché afin que soient générés des revenus et des emplois. Il a indiqué que les États-Unis s’étaient fixé pour objectif d’aboutir à une « redistribution des ressources » matérielles et humaines des compagnies publiques « vers les entreprises privées, plus productives ».
« Un élément fondamental de ce processus serait de forcer les compagnies publiques à faire face à des restrictions budgétaires en réduisant les subventions », a-t-il ajouté.
M. Bremer a indiqué que cela aiderait les États-Unis « à réaliser plusieurs de nos buts pour l’économie irakienne, qui sont d’établir une concurrence vigoureuse, une discipline fiscale et des taux d’inflation et d’intérêt bas ».
Mais il a reconnu que le démantèlement de l’économie d’État pourrait mener à « des tensions politiques et sociales, à moins qu’il ne soit accompagné par l’établissement d’un filet de sécurité sociale ».
M. Bremer a estimé le taux de chômage actuel en Irak à plus de 50 % de la population active.
Il a affirmé que l’ancien président Saddam Hussein consacrait au secteur militaire « au moins le tiers » du PIB de l’Irak, estimé en 2001 à environ 30 milliards de dollars. Le responsable américain a proposé deux options, basées sur l’utilisation des revenus du pétrole, pour réduire la tension sociale prévisible et donner aux Irakiens « l’occasion de participer pleinement » à l’économie.
Il a indiqué que « les revenus pétroliers pourraient être déposés dans un fonds d’intérêt national destiné à financer les rémunérations des fonctionnaires et d’autres éléments d’un réseau de sécurité sociale ».
Une autre option pourrait être de distribuer aux 24 millions d’Irakiens « une partie des profits des ventes du pétrole (...) comme dividendes, à l’instar du système appliqué dans l’État (américain) de l’Alaska », a ajouté M. Bremer.
M. Bremer avait indiqué samedi que les exportations de pétrole irakien devraient générer 5,5 milliards de dollars par an. Il avait toutefois mis en garde sur les prix qui dépendent de la situation sécuritaire.
L’administrateur américain a affirmé que les propositions économiques américaines pourraient être débattues « lorsqu’une autorité intérimaire irakienne sera réunie dans les prochains mois ».
Pour sa part, l’administrateur de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), Andrew Natsios, a déclaré que le budget total consacré par les États-Unis à la reconstruction de l’Irak, qui s’élève à 2,4 milliards de dollars, est « le plus important depuis le plan Marshall » qui a permis de reconstruire l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.
L’USAID a choisi Bechtel, géant américain du bâtiment et des travaux publics, comme maître d’œuvre pour le principal contrat, d’une valeur de 680 millions de dollars.
Selon M. Natsios, d’autres gouvernements occidentaux se sont engagés à verser près de 1,2 milliard de dollars en assistance humanitaire, et d’autres sommes pourraient être réunies à l’occasion de la tenue, annoncée dimanche, d’une conférence internationale sur la reconstruction de l’Irak prévue à New York.
Les compagnies pétrolières invitées
à Bagdad pour signer des contrats
Les compagnies pétrolières seront invitées à Bagdad au début de juillet pour y signer les premiers contrats d’approvisionnement de brut depuis la chute de Saddam Hussein, a déclaré hier un responsable de l’industrie pétrolière irakienne en marge de l’assemblée extraordinaire du Forum économique mondial. L’organisme d’État chargé de la distribution tient à conclure des contrats à long terme avec des compagnies internationales afin de relancer rapidement les exportations du pays, a ajouté cette source. Cet organisme « invitera les compagnies qui ont exprimé un intérêt pour enlever du brut irakien », a dit cette source. La production quotidienne actuelle de l’Irak est d’environ 800 000 barils. Avant l’invasion anglo-américaine, elle approchait deux millions de barils. Le pays dispose aujourd’hui d’un stock de 10 millions de barils.
Si, comme le déclarait le ministre de facto du pétrole Thamir Ghadhban, l’Irak est en mesure d’extraire deux millions de barils par jour d’ici à la fin de l’année, il lui restera 1,5 million de barils à exporter après retenue de 500 000 barils pour sa propre consommation.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir