Une formule de coexistence à la libanaise pour gérer l’Irak de l’après-guerre ? L’idée n’est pas une fiction, selon notre correspondant diplomatique Khalil Fleyhane, qui cite des informations puisées auprès des cercles diplomatiques des pays de la coalition en poste au Liban.
Les capitales concernées, réagissant à des rapports en provenance de leurs ambassades à Beyrouth, examinent, selon la même source, la possibilité d’élaborer une Constitution en tout point semblable à celle qui régit le système confessionnel libanais, de manière à faciliter l’émergence d’un nouveau régime irakien qui regrouperait toutes les communautés du pays.
C’est en partie pour concrétiser cette idée que les Nations unies ont dépêché à Bagdad l’ancien ministre libanais de la Culture Ghassan Salamé, en qualité de premier adjoint de Sergio di Millo, représentant du secrétaire général de Nations unies en Irak. Et les mêmes sources de souligner l’expérience de Ghassan Salamé en la matière puisqu’il avait participé activement en coulisses à l’élaboration de la Constitution libanaise aux travaux de Taëf.
Sur la situation en Irak, concernant notamment les opérations armées contre les militaires américains de la force occupante, les sources diplomatiques occidentales à Beyrouth sont convaincues qu’il s’agit là d’une « résistance organisée » alimentée financièrement par les ex-baassistes de l’ancien régime, sans pour autant exclure l’idée selon laquelle ce serait Saddam Hussein en personne qui dirigerait le mouvement de résistance dont le but est de harceler quotidiennement les forces américaines. Toutefois, ces mêmes sources minimisent l’importance des attaques, excluant du même coup qu’elles soient téléguidées par des puissances étrangères, notamment la Syrie ou l’Iran.
On ajoute dans les mêmes milieux, que plusieurs équipes composées de milliers d’enquêteurs ont été chargées de retrouver la trace de l’ex-président qui s’est littéralement volatilisé le jour de l’entrée des forces américaines à Bagdad. Cependant, précise-t-on, la capture de Saddam Hussein est un objectif aléatoire et difficile à réaliser, sauf si l’ancien président commet « une erreur grave » qui permettrait à ses poursuivants de le localiser.
Sur le plan politique, l’une des sources diplomatiques citées par notre correspondant, a tenu à souligner l’échec de l’Administration civile américaine en Irak à mettre sur pied un gouvernement d’union nationale, à l’instar de celui formé à Kaboul dès la fin de la guerre en Afghanistan.
Idem pour l’insécurité qui persiste toujours sur l’ensemble du territoire. À ce propos, la même source ne manque pas de relever que la décision de dissoudre l’armée irakienne, prise en solo par les États-Unis sans consulter leurs alliés de la coalition, est de nature à augmenter le nombre des opposants à la présence occidentale sur leur sol et pourrait même pousser certains d’entre eux, par désespoir et non pas pour marquer leur allégeance à Saddam Hussein, à devenir de véritables « bombes humaines » capables d’infliger de lourdes pertes à la force américaine occupante.
Toujours sur le même registre critique à l’égard de l’allié américain, la même source occidentale relève les difficultés auxquelles commence à faire face l’Administration US sur la scène politique intérieure en raison des « contretemps » essuyés en Irak, et notamment de l’incapacité de l’équipe Bush à prouver l’existence d’armes de destruction massive sur le territoire irakien. Mais dans le souci de clore son analyse sur une note optimiste, la source diplomatique a fini par reconnaître que la guerre en Irak n’est terminée que depuis neuf semaines et qu’il serait prématuré à ce stade de parler d’échec, indiquant que les prochaines semaines pourraient être porteuses d’événements positifs sur la scène irakienne.