Cette deuxième semaine de juin 74 aura été marquée par le coup d’envoi du Festival international de Byblos par Gilbet Bécaud, en concert à la Citadelle, et l’arrivée de Merce Cunningham à Beyrouth.
(10 juin) Parallèllement à l’exposition des peintres danois, Dar el-Fan se met à l’heure du cinéma scandinave et projette des films sur les danses, la peinture, la sculpture et le théâtre norvégiens, danois et suédois.
À l’époque déjà, les Libanais qui roulaient leur bosse à travers le monde livraient leurs impressions à L’Orient-Le Jour. C’est ainsi que Diana Saab, revenant d’un long voyage, raconte le Yémen du Nord ; avocat, peintre, auteur de plusieurs ouvrages de littérature arabe, Me Farouk Saad publie une étude intéressante sur Ibn Toufaily, qu’il illustre par ses propres dessins. Farouk Saad est toujours aussi actif.
(11 juin) Un centre culturel irakien est inauguré à Beyrouth et l’assistante du directeur n’était autre que Mme Balkis Kabbani, épouse du célèbre poète Nizar Kabbani ; le sculpteur irakien Ismaïl Fattah met la dernière main à la maquette d’une statue de Gebran K. Gebran (huit mètres) qu’il pense installer à Bagdad.
(12 juin) Les élèves de l’école de ballet de Lisette Daimsis se produisent à l’Unesco ; en route pour les États-Unis, Etel Adnan, collaboratrice du journal, fait un stop à Paris et envoie un compte rendu sur une très belle exposition de Miro ; du 12 au 19 juin, de célèbres peintres se solidarisent avec les enfants de Palestine ; fin d’année avec des guitares pour les élèves du professeur Joseph Ichkanian.
(13 juin) Branle-bas de combat à l’école de ballet de Georgette Gébara qui fête ses dix ans. Les anciennes sortent des malles leurs vieux costumes et les prêtent au jeunes ballerines pour le spectacle qui sera donné au profit de l’œuvre pour la protection de la mère et de l’enfant, patronnée alors par Mme Iris Frangié, épouse du chef de l’État ; doublé artistique dans un atelier à Jamhour avec l’exposition des œuvres de René Tarabo et d’un ermite vivant à Zouk Mosbeh, le frère Jacques (céramiques, bronzes, mosaïques et peintures abstraites).
(14 juin) Dominique de Patoul publie le Guide impertinent de Beyrouth. Plein de constatations personnelles qui sont autant « Carnet de bord, déclaration d’amour et diagnostic affectueux », comme il définit lui-même cet album illustré de façon humoristique par Edi Caralli. Il s’agit en fait de la vie nocturne de Beyrouth vue par cet ancien directeur régional de la Sabena ; au Bois de Boulogne, Maurice Haddad se découvre un talent de sculpteur à 48 ans. Il a trouvé à s’occuper surtout durant les veillées froides de l’hiver.
(15 juin) Un des dessins libanais du concours Fabriano est émis en timbre par le Vatican (il fait partie d’une série de cinq, représentatifs d’autant de continents). Il s’agit du dessin de Carole Manadili (qui a été exposé durant huit mois à la chapelle Sixtine) qui plaçait ainsi le Liban dans la philatélie internationale ; le concours organisé par L’Orient-Le Jour, « Coupe du monde 74 », a dépassé les frontières et les réponses arrivent de partout : Suisse, Maroc, Qatar, Turquie et France.
(16 juin) Gilbert Bécaud, Monsieur 100 000 volts, l’homme à la cravate à pois, inaugure le Festival international de Byblos, organisé à l’époque par Toros Siranossian, surnommé le kamikaze du show-biz. Papier en une le soir même, évidemment, pour cet éternel adolescent. On lit sous la plume de MTA : « Un monde fou. Discipliné, mais retardataire, donc très libanais. » Retardataire et indiscipliné, c’est dans les gènes du Libanais égal à lui-même de ce côté-là ; un gala pour le CJC (Centre de la jeunesse catholique qui abritait un dispensaire, un centre d’entraide, bureau de placement, ouvroir, bibliothèque, organisation de loisirs), mais aussi un SOS car le local, une belle et ancienne demeure, doit être démoli dans un mois. Et il fallait à tout prix trouver un autre. Responsables et sympathisants ont sifflé le ralliement ; Merce Cunningham, célèbre chorégraphe américain, arrive à Beyrouth pour passer quelques jours à Baalbeck où il doit créer un ballet pour le Festival de 1975 (qui ne verra jamais le jour et pour cause) ; un journaliste du Daily Times du Lagos est au Liban pour un grand reportage à l’invitation de la MEA.
* Voir L’Orient-Le Jour du 2 juin
M.C.


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