Pour mémoire, que s’est-il passé cet été-là, du moins sur le plan culturel ? À l’époque, l’abondance de la pub (heureux temps !) était telle qu’il fallait envisager plus d’une page « Aux quatre vents », le label, alors, de la page culture. Mais, pour être plus précis, cette dernière ne se limitait pas seulement aux activités de l’esprit, mais englobait également des événements sociaux, universitaires et parfois même scolaires. Elle accueillait aussi, sur trois colonnes, « Midi-minuit », la célèbre rubrique signée Viviane Haddad (devenue Ghanem depuis), rapportant les potins croustillants de la ville, des soirées et agapes du Tout-Beyrouth mondain et souvent des informations intéressantes glanées ici et là.
Cette chronique n’a rien de nostalgique, il s’agit plutôt d’une curiosité. Question de se situer dans le temps par rapport à hier. Ceux qui ont connu cette époque-là auront un sourire rêveur. Les plus jeunes découvriront que le pays vivait à un rythme intense, dans l’inconscience de la tragédie qui se tramait.
Semaine après semaine, nous allons revisiter cet été 1974 et les événements socioculturels qui l’ont marqué.
Maria CHAKHTOURA
Première semaine
Juin est généralement le mois le moins chargé. Mais c’est celui, aussi, qui donne le coup d’envoi de la saison estivale :
(3 juin). « Succès fou à Paris », lit-on en ce début de mois, de l’exposition de bijoux antiques de Pépé Abed à l’hôtel Meurice (Paris) ». Et, dans un article intitulé Le vieil homme et les trésors de la mer, Le Figaro présente Pépé comme un « personnage directement issu d’un roman de Cendrars ou de Hemingway, à la fois pirate et bijoutier du clair de lune ». Ce qu’il est encore jusqu’à ce jour.
(5 juin). L’interview de Farida d’Égypte (fait par MTA) devenue peintre en exil, vivant à Aïnab et préparant un vernissage.
(6 juin). Très importante exposition du livre sur le thème « Prestige du livre français » organisée au Club des amis du livre et présentant des titres très rares. En effet, pour la première fois au Liban, on pouvait admirer des exemplaires de tête de grands ouvrages de la bibliothèque française. Première dame libanaise à avoir ôté le voile, Ambara Salam Khalidy (70 ans, sœur de Saëb Salam plusieurs fois président du Conseil) rédige ses mémoires.
Avant-première de la revue du théâtre des Dix heures En cher et en hausse, au Casino du Liban. Aujourd’hui, Abdallah Nabbout, alias Dudul et tête pensante de ces chansonniers irremplaçables et inoubliables, est seul dépositaire du souvenir de ses compères.
(7 juin). Même en fin de saison, le théâtre continue à bien se porter à Beyrouth, et une nouvelle troupe se lance, The Beirut English Theater. L’adieu à Aïn Mreïssé ? (titre d’un article). On avait commencé déjà à démolir les vieilles demeures. et depuis, on n’arrête pas le massacre faisant place au désert de béton. Dans l’indifférence générale.
(8 juin). La peinture scandinave à Dar el-Fan pour clôturer la saison picturale, avec l’exposition des œuvres de 28 artistes danois, où toutes les œuvres appartenaient à des collections privées. Un luxe que pouvait s’offrir Beyrouth sans aucun problème encore.
Dany Thomas, le chanteur américain d’origine libanaise (il est né à Bécharreh) se produit en one-man-show au Théâtre du Liban. C’était pour le gala annuel de la CRL.
(9 juin). Une nouvelle idole du 45t des foules naît. C’est Tony Hanna. « Avec une moustache rousse, de la même couleur que ses yeux », lit-on. Et qui a vendu près de 4 200 disques en six semaines. Un record pour une chanson devenue un tube Hida ya Hday (reste près de moi). Aujourd’hui, on a retrouvé Tony Hanna, la tête toute blanche, avec Eléftériadés, au Festival de Byblos (Méditerranéo).
Le Festival international de Baalbeck lance, ce jour même, dans un communiqué la campagne pour ses activités. Un communiqué encadré, tout simple, figurant dans la page carnet, en attendant la conférence de presse prévue plus tard.


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