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Impression C’est aussi le printemps...

Vingt mars, la guerre, 21 mars, le printemps. C’est tout de même rassurant, cette saison qui prend sa place à la date prévue. La veille encore, on croyait que la terre s’arrêterait de tourner. Mais elle semble indifférente, la terre, aux désastres provoqués par les hommes. Astre elle demeure. Astre mort qui s’ignore, elle continue à se jouer la vie. Sur son cadavre d’astre grouillent des espèces qui trouvent encore leur pitance dans la croûte refroidie, sublimée en sources, en fleuves, en océans, en floraisons incroyables. Éteinte mais perfusée de soleil, soulevée de lunes, et plus morte, elle ne peut pas. Qu’ils se la fassent, leur guerre. Qu’ils la labourent de leurs engins morbides. Que rien ne repousse, là où ils seront passés, car eux aussi passeront. Peu lui chaut, la terre. Elle est morte et les hommes semblent avoir perdu le souci de se perpétuer. Pour un temps, on avait inventé la notion de mal pour empêcher ce qui détruit, et l’homme, et le vivant et les ressources. Mais on n’avait pas prévu que le mal se mordrait la queue, traiterait le mal par le mal et se prendrait à se multiplier par lui-même.Voilà où nous en sommes: la rage, et autour, ce printemps inutile. La sève qui monte et le sang gâché. On avait pourtant promis aux enfants qu’il y aurait du beau et du bon dans la vie. On leur avait promis les brises tièdes qui vous prennent par la peau, les neiges scintillant de paillettes solaires, les dentelles de l’écume qui enlacent les pieds meurtris par la chaleur des sables, le bruit de l’eau, le chant des limbes et toutes les choses fraîches des matins radieux, l’herbe coupée, le coquelicot si rare, la tige acide du pissenlit, les marguerites épuisées au fond des cartables, la tentation du gazon interdit et le pistil visqueux de l’hibiscus. On leur avait promis la chance, la main tendue, la protection des adultes, la fulgurance de l’amitié. On a promis, mais on n’a pas tenu. On les a vus pleurer devant les images d’autres enfants martyrisés, blessés, amputés. Piètre consolation, on leur a dit que cela se passait au loin. Mais ces blessures sont déjà les leurs. Ils pleurent: quelque chose à Bagdad a griffé en eux la confiance. Le scandale de la guerre a fané les printemps à venir. Les fleurs ne se porteraient-elles qu’au fusil ? Fifi ABOUDIB
Vingt mars, la guerre, 21 mars, le printemps. C’est tout de même rassurant, cette saison qui prend sa place à la date prévue. La veille encore, on croyait que la terre s’arrêterait de tourner. Mais elle semble indifférente, la terre, aux désastres provoqués par les hommes. Astre elle demeure. Astre mort qui s’ignore, elle continue à se jouer la vie. Sur son cadavre d’astre grouillent des espèces qui trouvent encore leur pitance dans la croûte refroidie, sublimée en sources, en fleuves, en océans, en floraisons incroyables. Éteinte mais perfusée de soleil, soulevée de lunes, et plus morte, elle ne peut pas. Qu’ils se la fassent, leur guerre. Qu’ils la labourent de leurs engins morbides. Que rien ne repousse, là où ils seront passés, car eux aussi passeront. Peu lui chaut, la terre. Elle est morte et les...