La multiplication d’incidents, souvent meurtriers, entre militaires américains et civils irakiens irritent et inquiètent leurs alliés britanniques qui, selon plusieurs experts, ont la gâchette moins facile et font preuve de plus de retenue. Au moment où se profile la « mère de toutes les batailles », l’assaut contre Bagdad, ces différences d’approche sont importantes. Les combats contre les forces d’élite retranchées dans la capitale irakienne promettent d’être sanglants et toute « bavure » sera immédiatement exploitée par le régime pour enflammer la population, notent les analystes. Selon des sources gouvernementales citées hier par le Times, « de sérieuses fractures (sont apparues) dans les relations » américano-britanniques après la mort de sept femmes et enfants irakiens, tués lundi par des tirs américains à un poste de contrôle, ainsi que celle, le même jour, de quinze membres d’une même famille dans un pick-up détruit par un hélicoptère Apache. Pourtant, selon le général de corps d’armée aérienne Brian Burridge, qui commande les forces britanniques dans le Golfe, il n’y a pas de tensions entre alliés. « Je n’ai rien détecté de tel, a-t-il affirmé dans un entretien à la BBC hier. Mais il est vrai que le type d’opérations auxquelles nos troupes ont participé ces dernières années leur a donné une bonne idée de la façon de procéder face à ce type de problèmes », a-t-il immédiatement ajouté avec un sens très britannique de la litote. « Notre méthode pour régler le problème des combats dans les villes est : a) de procéder avec prudence et b) avec subtilité », a poursuivi le général Burridge, comme pour mieux enfoncer le clou. « Nous mettrons le temps qu’il faudra pour libérer Bassora », a pour sa part déclaré le porte-parole des forces britanniques dans le Golfe, le colonel Al Lockwood, dans une interview à Sky News : « Il est important que la population civile soit protégée et que nous limitions au minimum les dommages causés aux infrastructures. » Irlande du Nord « Les Américains ont une approche beaucoup plus axée sur la protection (des soldats) », a souligné l’une des sources citées par le Times. « Vous ne verrez jamais leurs Marines se balader avec des bérets », comme le font les soldats britanniques dans les agglomérations du sud de l’Irak qu’ils contrôlent. L’expert britannique Francis Tusa confirme cette différence d’approche et insiste sur l’expérience acquise en Irlande du Nord ainsi qu’au cours d’opérations de maintien de la paix. « Cela fait partie de notre histoire militaire », explique-t-il, évoquant les précédents de la Bosnie et du Kosovo. « Les Américains disent que les opérations de maintien de la paix sont pour les femmelettes, que ce n’est pas une tâche pour un soldat : les vrais soldats font la guerre et laissent les opérations de maintien de la paix à de stupides petites nations. » En Irak, aujourd’hui, les forces alliées sont confrontées à quatre ou cinq types de guerre différents, affirme Francis Tusa, du conventionnel de forte intensité (avec des batailles de chars, des duels d’artillerie, etc.) à l’humanitaire en passant par les relations publiques. « Les soldats britanniques, en raison de l’Irlande du Nord et des opérations de maintien de la paix de l’Onu, peuvent passer de l’un à l’autre sans même y penser », note Francis Tusa, du mensuel spécialisé Defence Analysis. « La plupart des pays européens peuvent le faire car ils y sont habitués. » « Si je devais résumer l’attitude britannique, c’est : “dans le doute, ne tirez pas”, explique-t-il. Pour les Américains, c’est plutôt : “dans le doute, tirez”. » Heureusement, ajoute cet expert, certaines unités américaines « semblent adopter la façon de procéder des Britanniques ». « Ils ont envie d’apprendre... », commente-t-il sobrement.
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