Les foudres de Washington étaient promises à Saddam Hussein avec en prime « choc et stupeur ». Et, ô stupeur, ce sont les GI’s qui se font surprendre par la résistance acharnée des troupes irakiennes gênant la progression inexorable des colonnes anglo-américaines vers Bagdad, malgré l’appui des chars, de l’artillerie et de l’aviation. George W. Bush en est même réduit à reconnaître – tout penaud – que la guerre pourrait être plus longue et plus difficile que prévu, après avoir dû amèrement admettre les premiers revers de son armée. Des généraux US obligés de changer de tactique à chaque pouce de terrain grappillé ; des villes contournées, pour esquiver les combats de guérilla rue par rue, créant ainsi des poches de résistance au risque de voir les arrières de la coalition harcelés par des éléments fidèles au régime de Bagdad ; les lignes de ravitaillement qui s’en trouvent dangereusement étirées : cette guerre d’un genre nouveau, où les armées préfèrent s’éviter plutôt qu’avoir à subir des pertes, où les états-majors cherchent à atteindre leurs buts à tout prix – sans en payer le prix (à l’image de ce Marine affronté à l’effarante réalité du conflit et qui s’est écrié : « My God ! Il y a des morts ! ») ; cette guerre par procuration médiatique : images choc dans la presse et à la télévision, communiqués contradictoires des forces en présence, reconnaissance tardive des faits et censure imposée sur le « facteur humain » dans les médias US ; cette guerre où les morts civils irakiens sont « silencieux », même niés (pourtant bien réels – car la guerre tue malgré tout), cette guerre est folle ! Folle à bien des égards. Étrange guerre, en effet, que ce conflit qualifié par Bagdad de « Promenade des Américains ». Bagdad qui aurait « permis » aux troupes venues l’investir de se balader dans le désert mais qui a promis par ailleurs une farouche révolte des villes, Saddam Hussein allant même jusqu’à prédire le triomphe prochain sur les armées de l’Occident. Le rapport des forces militaires permet-il aux dirigeants irakiens de crâner ? Au prix du sacrifice de la population... Le gouvernement compte-t-il sur un allié secret qui l’aiderait à tenir tête aux Américains ? Les accusations proférées par Washington à l’égard de techniciens russes qui travailleraient avec l’armée irakienne, et contre Moscou (connu pour ses accointances avec Bagdad) qui se montre peu coopératif à résoudre cette affaire, soulèvent bien des interrogations. Surréaliste, cette guerre où des policiers en armes envahissent les rues de la capitale en tirant et en criant « pilotes, pilotes », à la suite de rumeurs non confirmées sur des pilotes américains ou britanniques qui auraient sauté en parachute. Où la foule en liesse – hurlant sa joie – s’est jointe aux recherches, faisant fi des bombes qui tombaient à quelques centaines de mètres seulement. Insensée, la précarité du combattant irakien : une cachette dans le désert, une mince couverture poussiéreuse pour se protéger du froid, un sac en plastique de viande crue pour combattre la faim… Ici le dénuement de guérilleros loqueteux, là des soldats américains aguerris et suréquipés. Invraisemblable, l’attaque « terroriste » contre le camp Pennsylvania au Koweït. Branle-bas de combat dans les rangs de l’Amirauté paniquée : un GI dont le nom aurait une consonance arabe, mis à l’écart pour insubordination, déséquilibré pour certains, est arrêté. Coup dur potentiellement démoralisant pour les troupes comme pour la population américaine. L’« invincible armada » anglo-US, promise aux lauriers de la gloire, n’a jusqu’à présent pas concrétisé les espoirs américains d’une victoire fulgurante. Elle risque de s’enliser dans les remous des sables du désert, la campagne d’Irak accumulant les incertitudes politiques ; trop d’enjeux économiques et géopolitiques non avoués étant misés sur le tapis. Une chose est sûre, les alliés sont condamnés à réaliser leurs objectifs premiers, à savoir renverser le régime inique et capturer Saddam Hussein, à charge de se voir démonétisés aux yeux de ceux qui croient encore en leur bonne foi. La manœuvre militaire adoptée sera certes probante à terme, mais le coût de l’opération, de même que la redéfinition politique envisagée dans la région après la fin des hostilités, ne manqueront pas d’être lourds de conséquences. Durablement. Joe MEZHER
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