Près de 90 minutes d’histoires, toutes plus farfelues, plus touchantes et plus drôles les unes que les autres, racontées par la conteuse française Élisa de Maury, en deuxième soirée de la quatrième édition du Festival international du conte et du monodrame, qui a repris ses quartiers au théâtre Monnot, avec la participation de la Maison des cultures du monde de Paris, de la Mission culturelle française au Liban et du Centre culturel français de Damas. Une nouveauté cette année : chaque début de spectacle est assuré par un des dix jeunes conteurs, sur une initiative du CCF de Deir el-Qamar. Un récit japonais, raconté par Nour Bou Saleh, a donné ce soir-là au public une petite idée du talent dont doit être doté un conteur. Flirt avec l’attention de l’auditoire Près de 15 minutes plus tard, Élisa de Maury fait son entrée, par l’arrière de la salle et dans l’obscurité, en s’adressant aux spectateurs dans une langue quasi homérique, à la poésie tendre et quelque peu ampoulée à la fois. C’est là l’un des ses trucs, et non des moindres. Cette indéniable professionnelle, qui, d’évidence, bourlingue depuis de longues et fructueuses années sur les chemins du conte, a donné une impressionnante démonstration de son savoir-faire, en plaçant haut la barre de l’exigence et flirtant, presque dangereusement, avec l’attention de l’auditoire. C’est que cette conteuse a fait le choix des histoires à tiroirs : elle commence un récit, qui lui en rappelle un autre, et un autre encore. La grande aventure de Colin réveille celle de Rachid, mais aussi, et en vrac, celle de l’ogre, du géant, de l’araignée et de la mouche, en passant par le souhait du vieil homme, le loup beige ou les intempéries libanaises. Conte ancien, narration moderne « Fantasia conteuse », l’intitulé de cette performance étonnante, a donc largement tenu le pari propre à tout conteur : captiver l’attention le plus longtemps possible. Et une heure trente minutes sont une assez bonne moyenne, surtout pour un public libanais connu pour son faible taux de tolérance à une concentration prolongée et sa très grande sensibilité aux heures des repas (en l’occurrence le dîner). Si l’emboîtement narratif est un des grands clichés de l’art du conte, Élisa de Maury en a été une digne représentante, préférant se concentrer sur le conte dans sa forme épique (rempli de châteaux, de rois et de manants audacieux) et laisser flotter une atmosphère très légendaire, tout en utilisant l’humour et la prononciation (capitale dans son art) comme raccord avec la réalité moderne. Si l’histoire est ancienne, la manière de la raconter est résolument actuelle. Comme il sied à sa profession, la conteuse s’est contentée du minimum d’accessoires, à savoir un tabouret haut, sur lequel elle ne s’est assise que de très rares fois. Voilà la grande force de la conteuse Élisa de Maury : à partir de faits très simples (un petit garçon et une aiguille, un autre et des chaussures, le chômage, l’âge bête ou la vieillesse) dont elle ouvre et ferme le mystère par interruptions saccadées, elle entrebaille de multiples portes dans l’imagination et s’y glisse avec une aisance confondante. À suivre dans ce festival qui ne déçoit jamais : Jihad Darwiche ce soir, Manfeï Obin demain et le concours des menteurs dimanche. Début des spectacles à 19h30. Diala GEMAYEL Renseignements et réservations au 01/202422.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Près de 90 minutes d’histoires, toutes plus farfelues, plus touchantes et plus drôles les unes que les autres, racontées par la conteuse française Élisa de Maury, en deuxième soirée de la quatrième édition du Festival international du conte et du monodrame, qui a repris ses quartiers au théâtre Monnot, avec la participation de la Maison des cultures du monde de Paris, de la Mission culturelle française au Liban et du Centre culturel français de Damas. Une nouveauté cette année : chaque début de spectacle est assuré par un des dix jeunes conteurs, sur une initiative du CCF de Deir el-Qamar. Un récit japonais, raconté par Nour Bou Saleh, a donné ce soir-là au public une petite idée du talent dont doit être doté un conteur. Flirt avec l’attention de l’auditoire Près de 15 minutes plus tard, Élisa de Maury...