La diplomatie arabe vient à nouveau de baisser pavillon en annulant un sommet arabe extraordinaire sur la crise irakienne, constatant l’impossibilité de se mettre d’accord face aux menaces américaines de lancer une guerre contre l’Irak. « La diplomatie arabe doit être totalement soutenue par tous les États arabes (...) et cela n’est malheureusement pas le cas », admettait hier le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, dans le quotidien égyptien al-Ahram, commentant l’annulation la veille d’un « sommet extraordinaire » sur l’Irak, du fait de divergences internes. L’Égypte avait appelé à ce sommet pour la fin du mois, à Charm el-Cheikh, rappelant aux dirigeants de la région la nécessité de parler d’une même voix face aux menaces croissantes d’une guerre qui risque de bouleverser toute la région. Les dirigeants des 22 membres de la Ligue arabe doivent cependant se retrouver le 1er mars, au Caire, en « sommet ordinaire ». Ils travailleront sur la question irakienne et le conflit israélo-palestinien, et une réunion préparatoire ministérielle est prévue le 27 février dans la capitale égyptienne, selon le porte-parole de la Ligue, Hicham Youssef. Le chef de la diplomatie jordanienne Marwan Moasher a annoncé hier que la Jordanie défendrait lors de ce sommet des idées pratiques, sans plus de précision, pour empêcher une guerre en Irak. « Ils vont se réunir pour se laver les mains, pour se donner bonne conscience », prévoit dans al-Ahram un des principaux éditorialistes égyptiens, Salama Ahmed Salama. « Il y a des pays comme le Qatar, le Koweït, l’Arabie saoudite, qui aimeraient bien que le sommet ait lieu après le déclenchement de la guerre », a-t-il ajouté. « Cela permettrait d’éviter toutes ces questions : qui accepte la guerre ? Qui est contre ? Qui accueille des troupes étrangères sur son sol ? », a pour sa part déclaré le rédacteur en chef du journal gouvernemental al-Moussawar, Makram Mohammed Ahmed. De profondes divergences sont réapparues dimanche lors d’une réunion des ministres arabes des Affaires étrangères, qui était présidée par le Liban, allié de la Syrie. Les ministres ont certes « refusé toute agression contre l’Irak », mais le Koweït, puis le Qatar, n’ont pas apprécié un paragraphe de la résolution qui affirme « la nécessité » pour les États arabes de s’abstenir « de tout soutien à une action militaire qui conduirait à une menace pour la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Irak ». Le Koweït accueille la moitié des 150 000 soldats américains massés dans le Golfe, dans l’attente d’une éventuelle intervention contre Saddam Hussein, que Washington accuse de refuser de désarmer. Et environ 5 500 militaires américains sont stationnés au Qatar, qui pourrait abriter le commandement des forces américaines dans la région en cas de guerre. « Il ne s’agit pas d’une crise majeure, mais d’un accès de colère », a assuré M. Moussa à al-Ahram, tentant de minimiser ce qui apparaît pourtant comme une manifestation éclatante de l’incapacité des pays arabes à se mettre d’accord. Après la réunion ministérielle de dimanche, les commentateurs ont souligné que plusieurs pays tels que la Syrie, le Liban ou le Yémen refusent un « sommet extraordinaire » car ils redoutent qu’une telle réunion aboutisse en fait, sous prétexte de chercher des solutions communes à la crise, à cautionner une intervention américaine. Ils entendent, notait le quotidien arabe al-Hayat, lancer « un message fort et clair à Washington ». « Mais ce n’est pas sérieux », conteste le rédacteur en chef d’al-Moussawar. « Que fait le Yémen aujourd’hui, si ce n’est coopérer avec les États-Unis, et qu’a fait la Syrie pour la 1441 ? » s’emporte-t-il, rappelant que la Syrie, seul État arabe à siéger, comme membre non permanent, au Conseil de sécurité de l’Onu, avait voté en novembre la résolution 1441 qui sommait l’Irak de désarmer.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La diplomatie arabe vient à nouveau de baisser pavillon en annulant un sommet arabe extraordinaire sur la crise irakienne, constatant l’impossibilité de se mettre d’accord face aux menaces américaines de lancer une guerre contre l’Irak. « La diplomatie arabe doit être totalement soutenue par tous les États arabes (...) et cela n’est malheureusement pas le cas », admettait hier le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, dans le quotidien égyptien al-Ahram, commentant l’annulation la veille d’un « sommet extraordinaire » sur l’Irak, du fait de divergences internes. L’Égypte avait appelé à ce sommet pour la fin du mois, à Charm el-Cheikh, rappelant aux dirigeants de la région la nécessité de parler d’une même voix face aux menaces croissantes d’une guerre qui risque de bouleverser toute la...