Les Occidentaux ont multiplié hier les appels au départ du président yougoslave Slobodan Milosevic, au moment où les manifestants prenaient possession des rues de Belgrade et investissaient les bâtiments de la télévision publique et du Parlement fédéral à Belgrade. Le président américain Bill Clinton a affirmé son soutien aux manifestants de Belgrade et affirmé que le peuple serbe avait «le droit de choisir ses dirigeants». «Les États-Unis se tiennent partout aux côtés des peuples qui luttent pour leur liberté. Nous croyons en la démocratie et tout ce que nous voulons pour le peuple serbe, comme pour tous les autres peuples, c’est qu’il puisse choisir ses dirigeants», a déclaré M. Clinton. «S’il (Slobodan Milosevic) ose regarder par sa fenêtre, il verra par lui-même que la Serbie veut qu’il parte», a lancé le ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook. «La manifestation en cours est l’affirmation puissante et convaincante de la volonté du peuple serbe de se débarrasser de Milosevic», a-t-il estimé. Les images impressionnantes de plus de 300 000 manifestants dans les rues de Belgrade et du bâtiment du Parlement en partie en flammes laissent entrevoir aux Occidentaux un départ du président yougoslave. «Les Serbes confirment aujourd’hui leur victoire du 24 septembre et Milosevic doit le comprendre», a déclaré le président français Jacques Chirac. «Si tel n’était pas le cas, il ferait courir à son pays les plus grands dangers. Je ne veux pas penser qu’il joue la politique du pire. On n’arrête pas l’histoire», a-t-il ajouté. Le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer a appelé hier la police et l’armée yougoslaves à laisser se concrétiser «la volonté du peuple». Le président Slobodan Milosevic «a perdu les élections», a répété M. Fischer. «Aujourd’hui, la voie doit être laissée libre pour que se réalise la volonté du peuple serbe», a-t-il ajouté. L’évolution de la situation à Belgrade a aussi fait réagir les Russes. Une réunion consacrée aux événements de Belgrade avait lieu jeudi soir au ministère russe des Affaires étrangères. «La situation en Yougoslavie prend de plus en plus ces derniers jours le caractère d’une confrontation. Si cette tendance n’est pas arrêtée, les conséquences pourraient être très lourdes, et pas seulement pour ce pays», estimait le président russe Vladimir Poutine, quelques heures avant les événements de Belgrade. Auparavant, les Occidentaux avaient unanimement condamné l’annulation par la Cour constitutionnelle yougoslave du premier tour de l’élection présidentielle qui, selon Américains et Européens, avait consacré la victoire de l’opposant Vojislav Kostunica. L’Union européenne, dont la France assure la présidence, a dénoncé dans une déclaration la décision de la Cour constitutionnelle yougoslave, car elle a «pour seul objectif de nier la victoire de Vojislav Kostunica», le candidat de l’opposition. «Milosevic, après avoir tenté de maquiller les résultats du 24 septembre et de tenir un deuxième tour frauduleux, cherche une fois de plus à lui voler sa victoire en s’obstinant dans un combat d’arrière-garde», a souligné la présidence française de l’UE. «Je pense que la décision de la Cour constitutionnelle yougoslave est une nouvelle façon de contrecarrer la volonté du peuple» et «ils (les Serbes) ne devraient pas attendre encore un an pour vivre dans une Yougoslavie démocratique», a pour sa part affirmé la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright.
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