Vedettes désormais incontournables des grand-messes de la finance, les antimondialisation comptent faire entendre leur voix lors des assemblées générales du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, dans une ville de Prague sur le pied de guerre. Depuis le choc de Seattle qui, en novembre dernier, avait vu la société civile faire irruption dans les négociations internationales et contribuer au fiasco de la conférence de l’Organisation mondiale du commerce, syndicats, collectifs et autres ONG ont saisi toutes les occasions de se manifester : forum de Davos, réunion de printemps FMI/BM à Washington, Cnuced de Bangkok... Ni la croissance mondiale – 4,7 % pour 2000, selon le FMI – ni la «main tendue» d’institutions embarrassées ne désarment des «anti» en quête d’un partage des richesses plus équitable. Et particulièrement remontés contre le FMI, accusé par son ultralibéralisme d’«aggraver la situation des pays en développement». Défenseurs de l’environnement ou du monde paysan, syndicats ou associations de protection des droits de l’homme, toutes les organisations qui ont fait le voyage de Prague portent dans leur diversité le même credo : une économie au service des hommes. Elles comptent faire valoir leurs positions face à deux institutions symboles selon elles d’«aveuglement», voire de «mépris». Au centre des récriminations : le dogme libéral de la croissance, érigé par les institutions internationales en seule source possible de développement, mais qui a laissé, selon elles, exsangues nombre de pays ou de secteurs. De plus en plus actives et surtout, depuis Seattle, très visibles, les associations ont obtenu quelques avancées, par exemple la promesse par la BM de la création d’une instance d’évaluation de l’impact des projets pétroliers. Soucieuse de cet activisme et de son écho sur l’opinion, plus ouverte aussi que le FMI, la Banque a accrédité pour la première fois 350 ONG à son assemblée annuelle, avec un calendrier de rencontres serré. Mais dès la première rencontre vendredi dernier, les organisations ont évoqué un rendez-vous «formel», un président James Wolfensohn «sur la défensive». Sincère volonté de dialogue ou manœuvre prosaïque pour prévenir les manifestations, le Fonds monétaire international a entrepris, lui aussi, de rencontrer la société civile. En Europe et plus particulièrement en France, le Fonds a entamé dès le début du mois de juin un programme de réunions avec des organisations non gouvernementales (ONG) sur le thème de la réduction de la pauvreté, a expliqué le directeur du bureau européen du FMI à Paris, le Danois Fleming Larsen. Les manifestations parfois violentes à Seattle en novembre 1999, pour la réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et à Washington en avril, lors de la réunion de printemps du Fonds, a provoqué un quasi-traumatisme au sein de l’institution, a-t-il reconnu. D’abord surprises par cette soudaine ouverture, les associations se disent peu convaincues de la sincérité du FMI et parlent volontiers d’une campagne de communication, destinée à éviter une confrontation trop importante lors de la réunion de Prague. Pressé de dire si ces rencontres avaient pu remettre en question les pratiques du FMI, Fleming Larsen lâche précautionneusement qu’«il n’y a pas de différence entre (les ONG) et nous, en termes d’objectif : ce que nous voulons, c’est également la réduction de la pauvreté dans le monde». Pour lui, difficile d’admettre que le FMI a pu se tromper lors de ses programmes. Difficile de croire que la fin des barrières douanières et une libéralisation accrue peuvent ne pas véritablement contribuer à lutter contre la pauvreté dans les pays les plus touchés, comme avancent certaines ONG. «L’erreur que nous avons commise est de ne pas en avoir fait assez pour nous expliquer, pour expliquer nos mesures», martèle-t-il.
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