La querelle des Lieux saints de l’islam et du judaïsme à Jérusalem, sur laquelle achoppent les négociations israélo-palestiniennes, a été la cause directe de certains des épisodes les plus violents du conflit entre les deux peuples depuis un siècle. Haut lieu de pèlerinage, l’Esplanade des mosquées, où se dressent la mosquée al-Aqsa, le Dôme du rocher et le Mur des lamentations, focalise aujourd’hui comme hier les passions religieuses et nationales. Car l’Esplanade, le «Noble sanctuaire», troisième Lieu saint de l’islam après La Mecque et Médine, est aussi le site le plus sacré du judaïsme, si sacré que la tradition juive interdit à tout juif d’en fouler le sol. À cet emplacement, le roi Salomon avait érigé son Temple, contenant le Saint des Saints, selon la Bible, et dont il ne reste trace. En contrebas, les énormes pierres du Mur des lamentations, ou Mur occidental, sont le dernier vestige du Temple érigé plusieurs siècles plus tard par le roi Hérode et détruit en l’an 70 par les Romains. «Aucun Premier ministre israélien ne renoncera à la souveraineté sur le Mont du temple, le lieu le plus saint du judaïsme», a affirmé jeudi le ministre israélien chargé des Relations avec la diaspora, le rabbin Michaël Melchior. Depuis le Moyen Âge, les juifs viennent en pèlerinage au Mur, pleurer la destruction du Temple et prier pour son rétablissement. Selon la tradition musulmane, le cheval de Mohammed, al-Bouraq, a été attelé au Mur lors du voyage mystique du prophète dans les airs, de La Mecque à la mosquée «la plus lointaine» (al-Aqsa). Ceci confère un caractère sacré propre au Mur lui-même, appelé d’ailleurs al-Bouraq en arabe. Cela n’a pas empêché l’islam d’autoriser les juifs à venir au Mur tant qu’ils se lamentaient sur leur indépendance perdue sans essayer de la rétablir. Cette attitude change du tout au tout à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. L’islam, sur la défensive, craint d’être dépossédé et le Waqf (office gérant les biens musulmans) multiplie les chicanes envers les pèlerins juifs. La tension monte dans les années vingt, au point qu’en septembre 1928, la simple installation d’un paravent par le bedeau juif du Mur suffit pour mettre le feu aux poudres. Les musulmans affirment que les juifs veulent reconstruire le Temple à la place des mosquées et modifier le statu quo, alors que dans le camp sioniste, la droite se mobilise pour «la défense du Mur». Le conflit va déclencher en août 1929 une vague d’émeutes arabes qui fait 133 morts parmi les juifs et 87 parmi les Arabes. Après cet embrasement, les autorités mandataires britanniques confirment en juin 1931 le droit des juifs de prier devant le Mur, tout en soulignant qu’il est propriété musulmane, de même que toute l’Esplanade. Apres la division de Jérusalem à la suite de la guerre de 1948 et la conquête du quartier juif de la Vieille ville par l’armée jordanienne, les Israéliens ne peuvent plus se rendre au Mur. Le culte juif ne reprend qu’après l’occupation de Jérusalem-Est par Israël et son annexion en juin 1967. Le même mois, des bulldozers de l’armée israélienne rasent le quartier arabe des Mograbis (résidents en provenance du Maghreb) pour dégager un espace devant le Mur. Mais les autorités israéliennes ne touchent guère à l’Esplanade des mosquées, malgré les pressions de l’extrême-droite. Elles retirent même le drapeau israélien qui y avait été hissé juste après la conquête et reconnaissent au Waqf le droit d’assurer, comme dans le passé, la gestion des lieux. L’Esplanade a été le théâtre de nombreux affrontements violents depuis 1967. Le plus meurtrier, le 8 octobre 1990, cause la mort de dix-huit Palestiniens. En septembre 1996, l’ouverture d’un tunnel antique le long de l’Esplanadae provoque des émeutes faisant près de cent morts, en majorité des Palestiniens.
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