Le président russe, Vladimir Poutine, va faire ses débuts à l’Onu mercredi lors du sommet du millénaire à New York avec la volonté d’être traité par les Occidentaux comme un partenaire à part entière avec lequel il faut compter. Sa visite se présente sous les meilleurs auspices depuis que le président Bill Clinton a décidé de ne pas donner son feu vert au déploiement d’un bouclier national antimissile (NMD), un projet auquel Moscou est farouchement opposé. Ce forum international pourrait également offrir à Vladimir Poutine l’occasion de convaincre les Russes, déçus par son attitude lors du naufrage du sous-marin Koursk, qu’il est un dirigeant respecté par la communauté internationale. La maîtrise des dossiers et l’aisance de Poutine avaient été saluées lors de sa première grande sortie sur la scène mondiale, au G8 de juillet dernier au Japon, par presque tous les chefs d’État, en particulier après les incartades auxquelles Boris Eltsine les avait habitués. Soucieux d’éviter les faux pas, Vladimir Poutine ne devrait pas faire d’annonces sensationnelles, lors des deux discours qu’il doit prononcer mercredi et jeudi, selon des sources bien informées. La Russie a l’intention d’aborder tous les sujets, depuis le rôle dominant que l’Otan a joué pour régler les conflits mondiaux jusqu’au NMD, selon ces sources. «Nous entendons évidemment profiter de cette tribune pour dire qu’il est urgent d’en finir avec l’idée selon laquelle il n’y a qu’une seule manière de voir les choses», a déclaré une source au Kremlin, dans une allusion à peine voilée à Washington. Lors de la préparation du voyage, les diplomates russes ont mis l’accent sur la manière dont Moscou, tout en évitant de se faire des ennemis, doit convaincre le monde qu’il faut en finir avec l’hégémonie américaine. «La Russie entend défendre ses intérêts nationaux de façon conséquente et, si besoin est, fermement», a souligné le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov. «Une telle approche n’a rien à voir avec la confrontation et n’est bien sûr pas contradictoire avec notre position, selon laquelle la Russie doit s’intégrer dans l’économie mondiale», a ajouté le ministre. La frustration grandissante de la Russie devant le rôle accru joué par l’Otan a amené les diplomates russes à se tourner vers l’Onu, après s’être adressés sans résultats à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). «L’Onu est la seule véritable organisation universelle dans le monde», a fait valoir l’ambassadeur permanent de la Russie à l’Onu, Sergueï Lavrov. «Il n’y a aucune autre structure qui s’en approche ou puisse faire un travail semblable à celui de l’Onu», a-t-il dit. Le changement d’attitude de Moscou à l’égard des États-Unis est particulièrement net depuis que l’Otan a bombardé au printemps 1999 la Yougoslavie, alliée de la Russie, après les raids déjà menés contre l’Irak, un pays ami depuis l’ère soviétique. Le Kremlin était particulièrement furieux que les bombardements aient été décidés sans résolution du Conseil de sécurité de l’Onu : la Russie qui en est l’un des cinq membres permanents aurait sans nul doute exercé son droit de veto. «Les mêmes forces qui ont décidé des frappes contre Bagdad et Belgrade ont dû reconnaître, à la fin de ces conflits, qu’ils ne pouvaient être résolus que dans le cadre du Conseil de sécurité de l’Onu», a conclu M. Lavrov.
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