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Actualités - Chronologie

Cérémonie - Initiation-circoncision des jeunes en Casamance Bukut en pays diola

Diembéring, gros village animiste situé non loin de la station touristique du Cap Skirring au sud du Sénégal, est en liesse. Marmites fumantes au milieu des cases où se faufilent des petits cochons noirs, rythme lancinant des tam-tams et des sifflets, la population du village, composée essentiellement de Diolas, l’ethnie dominante et contestataire en Casamance, célèbre, pour la première fois depuis quarante-trois ans, son «bukut», autrement dit la cérémonie de circoncision, la plus grande fête diola. Cette fête, entourée de mystère, à l’image de l’âme diola, marque la sortie du «bois sacré» de plus de 200 jeunes circoncis, âgés de 25 ans à 17 mois, qui viennent de passer trois semaines, coupés du monde, dans cette forêt inquiétante où aucun étranger, et surtout aucune femme, n’a le droit de pénétrer. Apeurés, ils y sont entrés trois semaines auparavant, le crâne rasé et livrés à eux-mêmes, pour y subir une initiation rituelle qui doit leur permettre de devenir «des hommes», sous le contrôle des féticheurs. Leurs mères leur apportent chaque jour un repas, déposé à l’entrée du bois sacré et, durant ces trois longues semaines faites pour les endurcir, ils subissent diverses épreuves, physiques ou morales, qui doivent avant tout rester secrètes. Deux jours avant la sortie de la forêt, ils sont réapparus, de l’autre côte de la rizière, couverts de la tête aux pieds de feuilles de palmiers, pour qu’on ne puisse pas les reconnaître. Et puis, ils sont sortis du bois en pleine nuit, «invisibles», avant de célébrer fièrement leur passage à l’âge adulte dans une débauche de festivités qui vont durer une semaine et pour lesquelles plus de cent bœufs et cochons auront été égorgés. La fête du siècle, en quelque sorte, dans ce pauvre village où les festivités sont rares. «Pour les plus grands, l’initiation a commencé il y a trois ans, ils ont appris le langage du tam-tam, l’esprit de discipline, l’art de vivre, le respect des anciens», explique Antoine, le chef du village, qui refuse de préciser les épreuves auxquelles ils ont été soumis dans le bois sacré. Camps de scoutisme «Si on en parle, ce n’est plus de l’initiation», ajoute-t-il, persuadé que le secret est à la base du respect de la tradition des Diola, l’ethnie à la base de la rébellion casamançaise. Il paraît loin le temps où, selon les ethnologues, les séances d’initiation donnaient lieu à des scènes de terreur, connues des seuls initiés et qui pouvaient durer un an, chaque village ayant ses propres rites secrets. Ces ethnologues faisaient état de «banquets nécrophagiques» où les initiés devaient absorber, dans le plus grand secret, un breuvage composé de vin de palme et des restes du cadavre d’une femme morte en couches, ou utiliser le crâne d’un mort pour boire le vin. Sans exprimer le moindre dégoût. «Tout cela est faux. Pour nous, à Diembéring, une tête humaine, c’est du poison», assure Antoine, qui se veut moderniste et qui affirme ne pas savoir ce qui se passe dans les villages voisins. Ainsi, dans le bois sacré, les nouveaux initiés ont eu droit à un infirmier qui passait chaque jour, à des médicaments de base et à une «désinsectisation» de la forêt envahie par les moustiques en ce début de saison des pluies. Désormais, les séances d’initiation, organisées au début des congés scolaires, semblent s’apparenter plus à des camps de scoutisme qu’à des cérémonies rituelles ésotériques. L’accent y est mis sur l’utilisation des plantes médicinales, l’apprentissage de la vie, l’hygiène et la discipline. «Les stages désormais sont moins longs, il y a donc moins d’épreuves», relève le chef du village, reconnaissant ainsi que ces épreuves existent. Mais il n’en dira pas plus. Au même moment, six rois diolas, tout habillés de rouge et tenant à la main des balais de paille destinés à chasser les mauvais esprits, mènent la danse à la tête d’un cortège de jeunes circoncis, reconnaissables à leurs «hibeles», longs bâtons où ils ont dessiné leurs totems, et aux colliers de perles qu’ils arborent. La fête va encore durer six jours, histoire peut-être de chasser les «djinns» de ce village chrétien du sud du Sénégal, où l’animisme est toujours omniprésent.
Diembéring, gros village animiste situé non loin de la station touristique du Cap Skirring au sud du Sénégal, est en liesse. Marmites fumantes au milieu des cases où se faufilent des petits cochons noirs, rythme lancinant des tam-tams et des sifflets, la population du village, composée essentiellement de Diolas, l’ethnie dominante et contestataire en Casamance, célèbre, pour la première fois depuis quarante-trois ans, son «bukut», autrement dit la cérémonie de circoncision, la plus grande fête diola. Cette fête, entourée de mystère, à l’image de l’âme diola, marque la sortie du «bois sacré» de plus de 200 jeunes circoncis, âgés de 25 ans à 17 mois, qui viennent de passer trois semaines, coupés du monde, dans cette forêt inquiétante où aucun étranger, et surtout aucune femme, n’a le droit de...