Les grands pays industrialisés du G8 veulent accélérer l’allègement de la dette des pays les plus pauvres mais ils entendent aussi l’utiliser comme un levier pour ramener la paix dans les zones de conflits, essentiellement en Afrique, ont-ils annoncé hier après la première réunion de travail du sommet d’Okinawa. Sur proposition du Premier ministre britannique Tony Blair, les ministres des Finances ou du Développement du G7 devraient se rendre dans les pays en guerre pour leur mettre en quelque sorte le marché en main : d’abord la cessation des conflits, ensuite l’allègement du fardeau de la dette. En effet, depuis le lancement l’an dernier au G8 de Cologne de l’initiative en faveur des pays les plus pauvres très endettés (PPTE), une dizaine d’entre eux sont impliqués dans des conflits armés. Des pays comme l’Érythrée, la Sierra Leone, le Liberia, la Somalie ou la RDCongo ont ainsi été exclus de facto du processus de réduction de la dette. Dans la Déclaration du G7 (le G8 sans la Russie) rendue publique vendredi soir, les chefs d’État et de gouvernement indiquent qu’ils vont demander à leurs ministres «de prendre contact rapidement avec les pays en conflit pour les encourager à créer les conditions appropriées pour participer à l’initiative PPTE». Cette disposition ne figurait pas dans le projet de déclaration et a demandé une réécriture de dernière minute par les «sherpas», les conseillers personnels des chefs de délégation. Au cours d’une conférence de presse à l’issue de la réunion, le président français Jacques Chirac a souligné «la nécessité d’être plus attentifs à certains critères politiques» dans l’application de l’initiative de Cologne. «Il n’est pas très normal, a estimé M. Chirac, de faire des efforts importants pour des pays instables, c’est-à-dire dont les régimes sont issus de coups d’État, et on n’a pas intérêt à encourager ceux qui provoquent des guerres». Il a cité nommément la République démocratique du Congo. Mais l’évocation de cette condition n’a pas été du goût des organisations nongouvernementales qui sont présentes à Nago pour rappeler les pays riches aux engagements pris l’an dernier. Pour Jubilé 2000, le plus actif de ces groupes, «le G7 pourrait jouer un rôle bien plus décisif dans les pays en conflit en stoppant les ventes d’armes à ces régimes». «L’annulation de la dette ne doit pas être prise en otage par le commerce international des armes», a ajouté Jubilé 2000 dans un communiqué. Les ONG dénoncent bruyamment la lenteur de la mise en œuvre de l’initiative de Cologne, qui promettait à une quarantaine de pays pauvres lourdement endettés une annulation de la dette publique pouvant aller jusqu’à 100 %, pour un montant global de 100 milliards de dollars. «Naturellement, on a pris du retard et j’ai souligné la nécessité de rattraper ce retard», a indiqué Jacques Chirac. «Bien entendu, a-t-il expliqué, annuler une dette dont on sait qu’elle ne sera jamais remboursée n’est pas un acte de très grande générosité mais enfin, c’est quelque chose d’utile». L’initiative de Cologne cherche à orienter l’allègement du fardeau de la dette en insistant pour que l’argent rendu disponible soit investi dans l’éducation ou la santé publique. La Déclaration du G7 réfute les affirmations pessimistes des ONG en indiquant que neuf pays (Bénin, Bolivie, Burkina Faso, Honduras, Mauritanie, Mozambique, Sénégal, Tanzanie et Ouganda) ont d’ores et déja atteint «le seuil de décision» pour bénéficier de l’initiative. L’allègement de leurs dettes représentera quelque 15 milliards de dollars à la fin 2000.
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