La révolution de l’Internet sera pour la première fois au centre du sommet du G8, signe que la «nouvelle économie» s’est imposée comme un enjeu majeur de la croissance mondiale. Le G8 s’est certes penché à plusieurs reprises sur la sécurité de l’Internet. Il s’est notamment engagé, lors d’une conférence en mai à Paris, à un large dialogue avec les industriels dans la lutte contre les cybercriminels. Jamais toutefois, l’Internet ne s’était invité à un sommet. Un tel thème aurait été tout simplement inimaginable voici un an, concédait dernièrement le ministre japonais des Finances, Kiichi Miyazawa. L’invitation est à la mesure de l’enjeu. L’Internet a fait une irruption massive dans le monde économique et dans la vie quotidienne ces cinq dernières années. Il y aura près de 375 millions d’internautes dans le monde à la fin de cette année, soit 100 millions de plus que l’an dernier. Cette communauté «branchée» devrait passer à 600 millions de fidèles en 2003, selon le cabinet de recherche américain International Data Corporation (IDC). L’Internet a bousculé comme une traînée de poudre tous les aspects de la vie quotidienne, qu’il s’agisse de communiquer (e-mail), faire du shopping (e-commerce) ou de s’informer, grâce à la magie des moteurs de recherche. Aux États-Unis, où la révolution reste la plus avancée, il a généré un chiffre d’affaires de plus de 500 milliards de dollars et donné du travail à 2,5 millions de personnes en 1999, selon le Centre de rercherche sur le commerce électronique de l’Université du Texas. L’Europe et l’Asie comblent leur retard à grands pas. Les Américains ne devraient plus représenter qu’un tiers des internautes en 2003, contre la moitié en 1998, selon l’IDC. Le commerce sur Internet s’élèvera alors à 1 640 milliards de dollars, ajoute l’institut. Les huit chefs d’État et de gouvernement doivent adopter une «Charte d’Okinawa sur l’information» destinée à combler le fossé technologique entre pays riches et pauvres tout en accélérant le développement de l’Internet, a souligné Alan Larson, sous-secrétaire d’État américain chargé des affaires économiques. «Le commerce sur l’Internet est devenu planétaire. Il doit faire l’objet de mesures de régulation harmonisées sur les questions de fraude ou de protection des données», estime Andrew Whinston, spécialiste du commerce électronique à l’Université du Texas. Les chefs de file de la «nouvelle économie», dont les PDG d’AOL Steve Case et de Vivendi Jean-Marie Messier, ont appelé les Huit à prendre des mesures concrètes lors du sommet, en particulier contre la cybercriminalité. «Le sommet du G8 offre une opportunité énorme pour le commerce électronique», a déclaré Steve Case dans un communiqué du Global Business Dialogue on Electronic Commerce (Forum d’affaires international sur le commerce électronique), basé à Washington. Reste à savoir quelle peut être l’ampleur d’une telle charte, compte tenu des différends existant entre pays, notamment sur l’imposition du commerce électronique. L’Union européenne souhaite assujettir les transactions sur Internet à la TVA, même si le vendeur est implanté hors de l’Union. Les États-Unis, d’où sont originaires de nombreuses sociétés de commerce électronique, y sont opposés. Les industriels, notamment américains, s’inquiètent quant à eux d’un trop-plein de régulation dans l’espace de liberté que constitue l’Internet.
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