La mondialisation, bête noire du rassemblement de Millau, est aussi dans le collimateur des gouvernements qui tentent d’y mettre de l’ordre en pourchassant les monopoles ou en luttant contre paradis fiscaux et blanchiment d’argent. Les ravages de la crise asiatique en 1997, ceux de la crise russe et d’autres grands pays émergents en 1998 et la quasi-faillite du fonds spéculatif américain LTCM, qui a failli mettre à genoux le système financier international, ont convaincu les partisans de la mondialisation qu’il fallait réguler efficacement les marchés. La fusion de multinationales déjà gigantesques incitent aussi les autorités de régulation à la vigilance et les procédures se multiplient ces derniers mois pour barrer la route aux monopoles. La pression naissante des opposants à la mondialisation, qui mobilisent des milliers de personnes lors des réunions hypermédiatisées des organismes honnis, comme l’Organisation mondiale du commerce ou le Fonds monétaire international, ont incité les gouvernements à s’engager publiquement sur la voie d’un contrôle plus efficace. Le phénomène est très vif en France, où les thèses antimondialisation rencontrent un large écho, à preuve la réunion de Millau. Les premières propositions concrètes sont sur la table, grâce aux travaux du Forum de stabilité financière (experts du G7), et devraient être examinées lors de la réunion du G7-G8 le mois prochain au Japon. En moins d’un mois, le Forum, le groupe de lutte contre le blanchiment de capitaux (Gafi) et l’ensemble des pays industrialisés (OCDE) ont publié des listes de paradis fiscaux. Les premiers effets se font déjà sentir sous l’effet de ces coups de projecteur, notamment au Liechtenstein, seul pays européen à être cité sur les trois listes. La France, qui a lancé deux enquêtes sur Monaco, va proposer à ses partenaires d’aller plus loin et de couper les relations financières avec les centres avérés de blanchiment d’argent sale. Mais dans l’ensemble, les progrès sont très lents et le président du Forum de stabilité, Andrew Crockett, a exprimé récemment sa crainte de voir s’émousser le sentiment d’urgence ressenti en 1997-1998, parce que la situation économique mondiale s’améliore rapidement. La première victime – ou victoire pour les opposants à la mondialisation – a été, fin 1998, l’accord multilatéral sur l’investissement, l’AMI. Négocié pendant des années, le texte a effrayé jusqu’aux négociateurs eux-mêmes parce qu’il donnait trop de droits aux multinationales. Les croissances exponentielles de ces dernières n’échappent pas non plus aux foudres des autorités anticoncurrentielles, des deux côtés de l’Atlantique. Ces autorités, confrontées à une concentration sans précédent à l’échelle mondiale, accélérée par la libéralisation de secteurs auparavant aux mains d’États ou le développement des nouvelles technologies, multiplient les exigences et le nombre de fusions rejetées augmente. Convaincu que le numéro un mondial des logiciels, Microsoft, occupait une position dominante, le gouvernement américain a entamé les procédures pour l’éclater en plusieurs parties. La fusion entre les géants des télécoms MCI, Worldcom et Sprint vient d’être stoppée par les autorités de régulation américaines, mais aussi européennes et la fusion entre Alcan, Algroup et Péchiney, qui aurait donné naissance au plus gros producteur d’aluminium au monde, a été bloquée par la Commission européenne. Les droits de l’homme ont aussi fait cette semaine une timide apparition avec les recommandations de l’OCDE pour combattre le travail des enfants.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La mondialisation, bête noire du rassemblement de Millau, est aussi dans le collimateur des gouvernements qui tentent d’y mettre de l’ordre en pourchassant les monopoles ou en luttant contre paradis fiscaux et blanchiment d’argent. Les ravages de la crise asiatique en 1997, ceux de la crise russe et d’autres grands pays émergents en 1998 et la quasi-faillite du fonds spéculatif américain LTCM, qui a failli mettre à genoux le système financier international, ont convaincu les partisans de la mondialisation qu’il fallait réguler efficacement les marchés. La fusion de multinationales déjà gigantesques incitent aussi les autorités de régulation à la vigilance et les procédures se multiplient ces derniers mois pour barrer la route aux monopoles. La pression naissante des opposants à la mondialisation, qui mobilisent...