Malgré les injonctions des autorités françaises, l’organisation écologiste Greenpeace a refusé hier de retirer des eaux territoriales son bateau qui filmait un tuyau de déversement des effluents de l’usine de retraitement de déchets radioactifs de La Hague (nord-ouest). «Nous comptons rester dans les eaux territoriales jusqu’à jeudi soir ou vendredi matin», a déclaré Jean-Luc Thierry, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France. Le navire de l’organisation écologiste «est toujours sur zone», a de son côté indiqué le porte-parole de la préfecture maritime. «L’arrêté d’expulsion ayant expiré à 08h00 (06h00 GMT) ce matin (mardi), nous allons constater les infractions et transmettre le dossier à l’autorité judiciaire», a-t-il expliqué. La préfecture avait mis en demeure lundi les capitaines du MV Greenpeace et du Twister, un autre bateau de l’association qui est parti lundi soir, de faire cesser «le mouillage abusif de leur drome (embarcation) et les plongées» au large de La Hague. Le MV Greenpeace a placé lundi dernier une caméra sous-marine à la sortie d’un tuyau de rejet de l’usine de retraitement de la Compagnie générale française des matières nucléaires (Cogema). Greenpeace, qui souhaite «faire cesser les rejets de déchets radioactifs en mer pratiqués par les gouvernements français et britannique», voudrait montrer les images sous-marines aux gouvernements européens à la conférence Ospar (Oslo-Paris, organisation intergouvernementale qui réglemente la pollution maritime dans l’Atlantique nord-est), ouverte lundi à Copenhague. Invité en tant qu’observateur à la conférence, Greenpeace a placé un écran à l’entrée de la salle de réunion, montrant en direct les images du tuyau de déversement des rejets de La Hague où, selon l’organisation écologiste, un million de litres de déchets radioactifs liquides sont déversés chaque jour dans l’océan. De son côté, la Cogema a indiqué qu’elle n’avait pas à intervenir dans la «confrontation entre les autorités françaises et l’association écologiste». «Le fait que Greenpeace ait choisi de mener son action sur l’installation nucléaire la plus exemplaire en matière de transparence de son fonctionnement semble paradoxal», a estimé la Cogema dans un communiqué diffusé sur son site Internet. «En fait, les importants moyens (deux navires et quatre Zodiacs) déployés au large de La Hague sont une opération médiatique uniquement destinée à faire pression sur les délégués de la conférence Ospar, comme l’indique l’organisation elle-même», note la Cogema. Le conseiller régional écologiste et représentant du Crilan (Comité de réflexion, d’information et de lutte antinucléaire), Didier Anger, a pour sa part estimé dans un communiqué que la Cogema ne voulait pas que les représentants des pays signataires de la Convention Ospar «puissent suivre en direct les vues d’eaux troubles et glauques : elle ne veut pas être “prise la main dans la nasse”». «La Convention Ospar, signée par la France en 1997, prévoit de réduire vers zéro les rejets radioactifs et chimiques en mer», a-t-il rappelé. À l’ouverture de la conférence de Copenhague, qui se terminera vendredi, le ministre danois de l’Environnement Svend Auken a appelé à l’arrêt du retraitement des combustibles irradiés dans les centres de La Hague et de Sellafield (Grande-Bretagne). La question du retraitement des déchets nucléaires et des rejets en mer de combustibles irradiés est l’un des points épineux de cette conférence annuelle, à laquelle participent quelque 120 représentants des gouvernements de 15 pays plus l’Union européenne.
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