Thierry Henry et Nicolas Anelka étaient en droit de penser qu’ils avaient signé un long bail avec l’équipe de France au vu de leur prestation fracassante contre le Danemark, pour le début de l’Euro2000. C’était faire peu de cas de Youri Djorkaeff, une sorte de trublion du football français qui prend un malin plaisir à bouleverser les données, chambouler les équilibres en venant réussir des buts décisifs aux moments les plus inattendus. Car cet Euro aura permis de répondre à une des interrogations concernant «le serpent» de Kaiserslautern (D1 allemande) : son père Jean, le défenseur classique d’une autre grande équipe de France, a bien enfanté un buteur atypique. Avec 26 buts en 66 sélections, Youri n’est plus qu’à une portée de crampons de buteurs patentés comme Jean-Pierre Papin et Just Fontaine, dont le compteur s’est bloqué à 30 unités. Pourtant, Djorkaeff n’est pas un buteur classique. C’est un opportuniste, un renifleur de bons coups. Laissé sur le banc pour le premier match de l’Euro contre le Danemark, il ronge son frein presque en silence. «Je me plais dans ce groupe. Je ne joue pas ma carte. Si je dois défendre pendant 90 minutes, je le ferai sans aucun problème. En fait, je ferai ce que l’on me demandera car je ne veux pas manquer l’Euro, le haut niveau», affirmait-il alors en suivant attentivement les évolutions des nouvelles fusées tricolores, Henry, Anelka et autre Wiltord. Mais, n’étant pas «The Snake» pour rien, il ne manquait pas d’ajouter : «Chaque joueur a ses qualités et ses défauts. Par exemple, qui attaque mieux que moi?». Simple vanité d’un joueur de 32 ans sur le retour, pouvait-on alors penser. Pourtant, quatre jours plus tard, sur ce même terrain de Bruges, Youri est appelé en renfort en seconde mi-temps contre une équipe tchèque difficile à manœuvrer. Comme par hasard, c’est lui qui se trouve à la réception d’un centre de Thierry Henry pour débloquer le résultat. «Je ne cherche pas à être le buteur providentiel des Bleus. Je rentre, je suis en confiance, je marque. C’est tout. Avec le temps, j’y suis habitué», remarquait-il, «heureux» d’avoir offert la qualification à l’équipe de France. Contre l’Espagne, Roger Lemerre le titularise à nouveau avec une seule consigne : faire ce qu’il veut sans être obligé de perdre des forces dans les tâches défensives. Résultat, Youri est directement impliqué dans les deux buts de la victoire. «Sur le premier, je décide d’aller provoquer la faute car je ne trouve aucun coéquipier de libre. Mon défenseur fait la faute et je peux glisser à Zizou “mets-la au fond”», raconte-t-il. Sur son but, c’est encore plus simple : «Je frappe le ballon dans la foulée. Avec ma confiance actuelle, cela fait mouche, ça va au fond. Je le sens tout de suite. Et puis, le plus beau, presque, c’est de voir tous mes coéquipiers venir me féliciter». Les puristes pourront toujours continuer de se demander comment classer cet électron libre. Mais Youri Djorkaeff n’en a cure. Il sait qu’il a le soutien d’un sélectionneur qui déteste lui aussi se laisser enfermer dans le carcan d’un schéma de jeu.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Thierry Henry et Nicolas Anelka étaient en droit de penser qu’ils avaient signé un long bail avec l’équipe de France au vu de leur prestation fracassante contre le Danemark, pour le début de l’Euro2000. C’était faire peu de cas de Youri Djorkaeff, une sorte de trublion du football français qui prend un malin plaisir à bouleverser les données, chambouler les équilibres en venant réussir des buts décisifs aux moments les plus inattendus. Car cet Euro aura permis de répondre à une des interrogations concernant «le serpent» de Kaiserslautern (D1 allemande) : son père Jean, le défenseur classique d’une autre grande équipe de France, a bien enfanté un buteur atypique. Avec 26 buts en 66 sélections, Youri n’est plus qu’à une portée de crampons de buteurs patentés comme Jean-Pierre Papin et Just Fontaine,...