Quelque 70 000 personnes, selon les organisateurs, ont assisté à la fin de la semaine dernière à Montréal à la première et unique représentation de la Symphonie du millénaire, une œuvre collective de 19 compositeurs interprétée par 15 ensembles et 333 musiciens. Cette œuvre magistrale a été jouée à la tombée du jour, au pied de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal, sur le flanc du Mont-Royal qui surplombe la ville, avec l’accompagnement d’un grand orgue, d’un carillon de 56 cloches, de deux vieux camions de pompiers, de 2 000 carillonneurs et de la musique préenregistrée de 15 clochers. Les formations – de l’Orchestre symphonique de Montréal à la fanfare du 22e Royal Regiment, avec plusieurs ensembles de musique contemporaine et une chorale d’enfants – étaient disséminées sur la pente. Elles jouaient tantôt en solo, en se répondant ou se complétant, tantôt en groupe, un ensemble guidant les autres. L’orchestre du 22e Régiment royal a gravi la colline pour jouer devant chacun des autres orchestres. Les camions de pompiers, des modèles datant de plusieurs dizaines d’années, ont fait résonner leur cloche – remplacée aujourd’hui par une sirène. Les carillonneurs étaient des spectateurs qui avaient acheté une clochette fondue et gravée pour l’occasion (en France) et intervenaient au long du concert sur les instructions de meneurs de jeu. Le fil conducteur de la symphonie était l’hymne grégorien Veni creator spiritus, entonné au début et à la fin de l’œuvre et trame d’une musique très contemporaine où chaque compositeur intégrait la musique d’un clocher. La mise en scène, très rigoureuse, devait tenir compte du temps que le son met à parcourir l’espace, puisque la scène couvrait un kilomètre carré. «Puisque le son se déplace à environ 354 mètres à la seconde, cela implique par exemple que la musique produite par un ensemble A séparé d’un ensemble B par une distance de 1 062 mètres mette trois secondes à l’atteindre», notait avant le spectacle le directeur artistique Walter Boudreau, à l’origine de l’expérience. «Multipliez le tout par 10 ou 15 ensembles en interaction et vous obtenez un cauchemar grand format», ajoutait-il. Cependant, la musique, même si elle paraissait parfois un peu technique, n’était jamais cacophonique. Tous les chefs des différents groupes et orchestres étaient reliés entre eux par le biais de casques d’écoute leur permettant de suivre le même tempo. C’était de la «toutpartoutphonie», selon le terme de M. Boudreau, c’est-à-dire une musique qui, pour le spectateur ébloui, venait de tous les côtés successivement ou à la fois. Le spectacle, joué devant plusieurs ministres, était une des célébrations organisées au Canada pour l’an 2000.
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