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Actualités - Chronologie

Message d'espoir Les enfants brisés peuvent se reconstruire(photos)

Dans son ouvrage «Un merveilleux malheur» (Éd Odile Jacob), le neuropsychiatre Boris Cyruluik, connu par ses passionnants travaux sur les comportements des espèces dans leur milieu naturel (éthologie), soutient que les enfants blessés, malmenés, suppliciés par la vie peuvent parfaitement se reconstruire, sans séquelles graves. Ils peuvent réussir leur vie, refusant d’être les éternelles victimes, condition que la société persiste à leur imposer. «Un petit maltraité ne devient pas forcément un grand maltraitant», soutient le Pr Cyruluik, s’opposant ainsi à la théorie admise selon laquelle si on a été blessé gravement dans les premières années de la vie on est détruit à jamais... Merveilleux message d’espoir lancé par cet homme de sciences qui, déporté avec ses parents par les nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale, a réussi à s’évader sur le chemin de Draney, à l’âge de six ans, tandis que le couple a été exécuté un peu plus tard. «On peut toujours parler de soi», écrit-il, «à condition de ne jamais dire “je” ...». Ce qui fait que son témoignage devient doublement précieux... «Mon histoire a fait que je me suis posé, dès l’enfance, la question: Pourquoi et par quel mystère certains enfants cruellement éprouvés parviennent à ne pas être aussi fracassés que la théorie le voudrait?». Ces enfants qui démentent le sens commun qui veut qu’ils soient anéantis irrévocablement, Boris Cyruluik les appelle des «résilients». Ce mot est employé en physique pour désigner l’aptitude d’un corps à résister à un choc. Dans les sciences sociales, le terme désigne la capacité à réussir, à se développer, à vivre positivement, en dépit de l’adversité. Or la société impose à l’enfant victime une carrière de vaincu, de «sous-homme», ajoutant ainsi une entrave psychosociale, souvent insurmontable à son développement. Au traumatisme initial vient s’ajouter ainsi celui de la représentation sociale. Un don également réparti Chacune de ces jeunes victimes a-t-elle la capacité de se reconstruire? Pour le Pr Cyruluik, tout le monde a cette capacité mais le processus de cette résistance dépend de la manière dont l’enfant s’est développé avant le traumatisme. Une interaction affective précoce, solide avec sa mère, particulièrement dans les dernières semaines de la grossesse puis les premiers mois de la vie permet à la petite victime de rebondir plus facilement après un choc... Le comportement des petits «fracassés» est toujours le même. Décrit, en premier, par le psychanalyste René Spitz, en 1940, il traduit la protestation, le désespoir, l’indifférence. Mais pour Boris Cyruluik, l’âme d’un enfant blessé «peut se régénérer» avant le stade de la parole si le «tuteur» est à la hauteur de la tâche. Ensuite, quand l’identité narrative se met en place, vers 5 ans, l’enfant acquiert la capacité de se raconter sa propre histoire. Il puise en lui-même les ressources nécessaires pour reconstruire sa personnalité autour de cette identité, abolissant ou réduisant substantiellement les séquelles. Rêve et créativité Le monde intérieur des enfants «résilients» n’est pas uniquement le déni et le silence. Ils sont contraints au rêve et à la créativité pour échapper à la souffrance du manque, la douleur de la perte. D’où le recours au symbole et souvent à l’art. Tous les enfants «résilents» ne seront certes pas neuropsychiatres célèbres, mais tous les chagrins sont supportables si on en fait un récit. On peut en faire des images, les mettre en scène, construire un mythe. La cicatrice restera, certes, là mais le résultat sera merveilleux, même si le cheminement a été douloureux. On pourra vivre et grandir avec, soutient l’auteur de l’ouvrage. Anna Freud, dès 1936, avait travaillé sur le processus de reconstruction chez l’enfant. Le mécanisme de défense, décrit par elle, repose sur un clivage intrapsychique: une zone cachée, secrète, dont la fonction consiste à anesthésier une blessure douloureuse, permettant de vivre avec. «Ceci permet de contenir la souffrance mais empêche aussi de surmonter le traumatisme, c’est le prix à payer pour qu’une personnalité saine puisse se développer». Le fait que le résultat soit merveilleux ne veut pas dire que le cheminement n’a pas été douloureux.
Dans son ouvrage «Un merveilleux malheur» (Éd Odile Jacob), le neuropsychiatre Boris Cyruluik, connu par ses passionnants travaux sur les comportements des espèces dans leur milieu naturel (éthologie), soutient que les enfants blessés, malmenés, suppliciés par la vie peuvent parfaitement se reconstruire, sans séquelles graves. Ils peuvent réussir leur vie, refusant d’être les éternelles victimes, condition que la société persiste à leur imposer. «Un petit maltraité ne devient pas forcément un grand maltraitant», soutient le Pr Cyruluik, s’opposant ainsi à la théorie admise selon laquelle si on a été blessé gravement dans les premières années de la vie on est détruit à jamais... Merveilleux message d’espoir lancé par cet homme de sciences qui, déporté avec ses parents par les nazis au cours de la...