«Il serait seulement nécessaire de trouver un officier, fût-ce un simple major, dont nous pourrions gagner la sympathie ou que nous pourrions acheter pour l’inciter à se proclamer sauveur des maronites. Alors l’armée israélienne entrerait au Liban, occuperait le territoire nécessaire et installerait un régime chrétien qui s’allierait à Israël. Les territoires au sud du Litani seraient totalement annexés par Israël et tout irait pour le mieux». Nous sommes le 16 mai 1954. Ces propos, rapportés par l’ancien Premier ministre israélien Moshe Sharett, sont tenus par Moshe Dayan. C’est ainsi que commence l’aventure israélienne au Liban. Premier événement de taille : le bombardement de l’aéroport de Beyrouth et la destruction de la flotte de la MEA. Dix ans plus tard, alors que la guerre fait rage, un «simple major» annonce la création au Sud d’un «État libre». Quatre ans plus tard, en 1982, l’armée israélienne occupe «le territoire nécessaire» pour «installer un régime chrétien» allié à Israël. Mais au moment même où la prophétie de Dayan semble se réaliser, le vent commence à tourner. Pressentant la catastrophe, l’ancien ministre israélien des Affaires étrangères Abba Eban déclare, avant même les massacres de Sabra et Chatila : «Malheur au jour où nous avons mis le pied à Beyrouth. Nous n’y avons connu que difficultés et malchance... Il ne nous reste qu’une tâche urgente à Beyrouth : quitter la ville. Le sort a voulu que nous ajoutions largement à sa tourmente et rien à son bien-être. Cette terre n’est pas la nôtre (...). Disons adieu à Beyrouth, bégayons quelques regrets pour ce que nous lui avons fait subir et laissons-la à son destin et à ses habitants». Cette mise en garde n’est pas prise en considération. Commence alors une longue «descente aux enfers». L’occupation du Sud se transforme en une guerre d’usure, ponctuée de «bavures» sanglantes dont les civils font les frais. L’État hébreu découvre avec étonnement qu’il n’est pas à l’abri des dangers d’une vietnamisation. Il tente de se dégager du bourbier libanais par la force, puis par la négociation avec la Syrie. Il n’y parvient pas. Il doit alors se résigner à se retirer sans condition abandonnant à leur sort les Libanais qui, par choix, nécessité ou cupidité, avaient accepté de lui servir de supplétifs. Avec le retrait israélien du Liban, une série de mythes viennent de s’écrouler : – Le mythe de l’alliance des minorités contre la majorité. Cette stratégie reposait sur l’illusion que l’avenir d’Israël et sa sécurité ne dépendaient pas de la paix avec les Arabes et ne pouvaient être assurés que si le monde arabe était déchiré par d’interminables guerres civiles opposant les minorités ethniques et religieuses à la majorité arabo-islamique. Cette stratégie, Israël l’a expérimentée au Liban. Les résultats n’ont pas été concluants et les derniers parmi les Libanais à y avoir souscrit se sont retrouvés dans des camps de fortune érigés sur les berges du lac de Tibériade, reprochant aux Israéliens d’avoir «dilapidé en 24 heures le capital d’amitié accumulé depuis 24 ans». – Le mythe d’une solution imposée par la force. En 1982, les Israéliens ont réussi à chasser les Palestiniens du Liban; mais se sont retrouvés très vite affrontant une «intifada» dans les territoires occupés qui devait les forcer, quelques années plus tard, à reconnaître le droit des Palestiniens à disposer d’un État. Même scénario avec les Libanais : les Israéliens ont occupé le Sud, réclamé un accord de paix, puis des arrangements de sécurité pour finir après 22 ans par reconnaître les frontières de 1923 et réclamer le retour à l’accord d’armistice de 1949. – Le mythe de la faiblesse du Liban. Aucune société, parmi toutes celles de la région, n’a montré autant de ténacité et de résistance que la société libanaise. Pourquoi ? Parce que cette société a conservé son autonomie par rapport à l’État alors que partout ailleurs, l’État, sous prétexte de lutter contre Israël, a «confisqué» sa société. C’est la liberté dont a continué à bénéficier la société libanaise qui lui a permis de développer des moyens adaptés de résistance. Aucun mouvement semblable à la Résistance libanaise n’a d’ailleurs pu voir le jour dans les pays arabes où la démocratie, considérée comme un élément de division et de faiblesse, avait été abolie. – Le mythe de l’incapacité des Libanais à s’autogérer. Depuis 1990, nos dirigeants n’ont eu de cesse de répéter que le Liban n’était viable que s’il était maintenu sous tutelle. Ce qui s’est passé au Sud a apporté un démenti cinglant à ces allégations. Laissés à eux-mêmes, sans présence militaire libanaise ou syrienne et sans déploiement de Casque bleus, les Libanais ne se sont pas massacrés mais, bien au contraire, ont fait preuve d’un sens aigu des responsabilités qui a étonné le monde entier. La date du 24 mais 2000 marque la fin d’une période historique. Les Libanais ont levé l’hypothèque qui pesait sur leur avenir national et fait preuve d’une maturité qui les habilite à se prendre en charge. Le pouvoir devrait en tenir compte pour éviter que la libération du Sud ne devienne le point de départ à une contestation qui pourrait, à terme, le remettre en cause.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Il serait seulement nécessaire de trouver un officier, fût-ce un simple major, dont nous pourrions gagner la sympathie ou que nous pourrions acheter pour l’inciter à se proclamer sauveur des maronites. Alors l’armée israélienne entrerait au Liban, occuperait le territoire nécessaire et installerait un régime chrétien qui s’allierait à Israël. Les territoires au sud du Litani seraient totalement annexés par Israël et tout irait pour le mieux». Nous sommes le 16 mai 1954. Ces propos, rapportés par l’ancien Premier ministre israélien Moshe Sharett, sont tenus par Moshe Dayan. C’est ainsi que commence l’aventure israélienne au Liban. Premier événement de taille : le bombardement de l’aéroport de Beyrouth et la destruction de la flotte de la MEA. Dix ans plus tard, alors que la guerre fait rage, un «simple...