Les colons juifs ont relancé cette semaine leurs efforts pour empêcher tout nouveau retrait israélien de Cisjordanie et multiplié les menaces contre le gouvernement du Premier ministre Ehud Barak, qu’ils avaient relativement ménagé depuis son accession au pouvoir en juillet. Cette campagne est d’abord destinée à empêcher le transfert de localités de la périphérie de Jérusalem à l’Autorité palestinienne et, plus généralement, à torpiller les négociations israélo-palestiniennes qui se déroulent à Eilat (sud d’Israël), sur le littoral de la mer Rouge. La décision de lancer la campagne a été prise en mars, alors que ces négociations venaient de débuter à Washington. L’objectif de ces pourparlers est d’aboutir à un accord-cadre d’ici au 13 mai et à un accord définitif sur le statut des territoires palestiniens d’ici au 13 septembre, mais rares sont ceux qui pensent qu’un tel calendrier pourra être respecté. «Nous sommes résolus à combattre les retraits et nous avons pour ce faire plus d’un tour dans notre sac», a déclaré le secrétaire général du Conseil des implantations juives de Judée-Samarie (Cisjordanie) et de la bande de Gaza Shlomo Philber. Le Conseil, l’organisme le plus représentatif des colons, a jusqu’à présent plutôt ménagé M. Barak, en échange de la poursuite de la colonisation juive, sous forme de la construction de logements dans les implantations. Il a néanmoins examiné les moyens d’empêcher le transfert aux Palestiniens, envisagé par M. Barak, d’Abou Dis et de deux autres localités proches de Jérusalem-est, évoquant notamment une grande manifestation place Sion, au centre de Jérusalem-Ouest. C’est de cette place que l’ancien chef de la droite, Benjamin Netanyahu, avait lancé une attaque virulente contre les accords d’Oslo sur l’autonomie palestinienne, quelques semaines avant l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, en novembre 1995. «Par ses concessions exagérées, Barak franchit les lignes rouges, et nous n’avons pas d’autre choix que de mener contre lui une lutte farouche, aussi bien par des opérations sur le terrain que sur le plan politique, en faisant pression sur les composantes de sa coalition», a dit M. Philber. Pour sa part, son adjoint Bentsi Liberman a accusé M. Barak de vouloir «brader Jérusalem». «Il faut à tout prix stopper les retraits», a-t-il estimé. Le chef du Parti national religieux (PNR, très favorable à la colonisation) et ministre de l’Habitat Yitzhak Lévy a déjà annoncé son intention de démissionner du gouvernement si Abou Dis était transféré aux Palestiniens et exprimé l’espoir que les autres partis de droite membres de la coalition suivraient sa voie. Plus radical, un autre membre du Conseil des implantations, Elyakim Haetsni, a appelé publiquement les soldats à refuser tout ordre de faire évacuer par la force un point de colonisation. «Même si les 120 députés du Parlement votaient pour un retrait, nous ne nous plierions pas à leur décision» a, pour sa part, déclaré en début de semaine Nadia Matar, la présidente des «Femmes en vert», un groupe ultranationaliste. Ces propos ont été dénoncés par le chef du Likoud Ariel Sharon et d’autres responsables du plus grand parti de l’opposition de droite, ainsi que par des ministres du gouvernement Barak. Pour l’heure, les pressions exercées publiquement et en coulisses par les alliés de droite de M. Barak sont plus efficaces que les manifestations de rues et les déclarations incendiaires. Elles ont ainsi conduit une fois de plus le gouvernement à reporter mercredi toute décision sur le transfert d’Abou Dis et des deux autres localités arabes proches de Jérusalem à l’Autorité palestinienne. «Ce dossier n’est pas mûr et nous devons auparavant vérifier que les Palestiniens sont disposés à parvenir à un accord sur des questions essentielles pour nous», a annoncé le ministre des Affaires étrangères David Lévy.
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