Comme la plupart des danseuses, May Chelhot rêvait d’évoluer parmi les étoiles. Mais les circonstances l’ont obligée à garder les pieds sur terre et elle nourrit à présent la plus belle des ambitions, celle des modestes qui se cachent pour construire une œuvre. Celle de May Chelhot, danseuse et chorégraphe, c’est de former la jeunesse à l’art de l’expression corporelle. «Je n’ai plus de grands rêves à réaliser. Je me consacre à l’enseignement», déclare-t-elle. Aucune note de regret dans la voix. Elle mène sa vie, ses idées, droit au but. À 17ans, elle a ressenti «le besoin d’apprendre la danse. Je ne sais pas si on peut l’appeler instinct, désir ou envie… Mais j’ai suivi cette obstination jusqu’au bout, malgré les nombreux obstacles et difficultés. J’ai quitté pour la France en dépit de la volonté de mes parents. J’avais 18 ans. Ils ont également voulu me retenir quand j’ai obtenu une bourse d’études à New York». Mais rien, ni personne ne pouvait l’empêcher de réaliser son rêve. May Chelhot a eu une formation très variée : le classique en France (Paris et Cannes), le moderne à la Martha Graham School à New York et à l’American Dance Theatre où elle maîtrise les techniques d’Alvin Aily, de Limon, du jazz et de l’africain. Dernière étape, Genève, où elle acquiert une formation de professeur, en classique et moderne, avec Serge Golobine. Aujourd’hui, après 40 ans de danse et de chorégraphie, dont quatre voués à l’enseignement, elle a adapté sa technique aux exigences et limitations du pays. «Je me sens vraiment bien pour donner à l’enfant une formation technique et artistique complètes. Je ne suis plus aussi rigide et exigeante qu’au départ. C’est une concession et elle est devenue automatiquement». Son école c’est sa maison, à Adonis. May Chelhot a transformé son salon en studio de danse. C’est là où elle prépare ses spectacles en compagnie de ses élèves. Elle enseigne également dans différents endroits à Beyrouth. Elle préfère enseigner à de petits groupes. «Cela permet de contrôler les mouvements des élèves. Chaque enfant et chaque corps est différent. Je travaille en fonction de chaque fille. On ne peut pas exiger des prouesses techniques à un corps qui ne peut pas le faire. Mais on peut le faire danser correctement, artistiquement. L’élève doit être épanoui, heureux. Un enseignement adéquat permet de développer la personnalité du jeune danseur timide. Si, par contre, l’élève possède une forte personnalité, il ne faut surtout pas l’étouffer». Comment se déroulent les cours pour juniors ? À partir de six ans, les activités d’éveil sont basées sur le jeu, la découverte du corps et de son fonctionnement. Les élèves apprennent à imiter les animaux, à marcher comme un éléphant, à sauter comme une grenouille… cela les amuse et le corps travaille. À partir de huit ans, le cours d’initiation à la danse se structure, permettant à l’enfant d’acquérir les bases d’un vocabulaire gestuel et rythmique fondamental. Entre neuf et douze ans, l’enfant est gourmand de connaissances et d’expériences nouvelles pour se construire. En fonction de sa sensibilité, de son énergie, de son goût musical. Attentive aux pulsations de la danse d’aujourd’hui comme à l’apport d’autres cultures, May Chelhot évolue sa recherche et son enseignement en permanence. C’est en effet par le métissage des cultures du monde que nos enfants inventeront la danse du XXIe siècle…
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