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Actualités - Opinion

Tribune Le ras-le-bol ?

«La présence syrienne au Liban est légale et temporaire». Pour la première fois depuis longtemps, un responsable libanais – en l’occurrence le chef de l’État – rappelle l’aspect «temporaire» de cette présence. Le fait mérite d’être souligné, car, depuis septembre 1992, date à laquelle les troupes syriennes auraient dû, conformément à l’accord de Taëf, se replier vers la Békaa, personne n’avait osé rappeler que cette présence n’était pas permanente. Bien au contraire, de surenchère en surenchère, les Libanais avaient fini par oublier que l’entrée des troupes syriennes s’était faite dans le cadre de la guerre et que leur départ – qui aurait dû suivre le rétablissement de la paix civile – avait été retardé en raison de la négociation entamée à Madrid en 1991. Cette présence est-elle légale comme l’affirme le chef de l’État ? L’argument avancé – à savoir la demande formulée par l’ancien président Sleimane Frangié – est peu convaincant. Dans une région aussi agitée que le Proche-Orient, le passage de troupes d’un pays à l’autre obéit à des considérations qui ne sont jamais d’ordre domestique. L’équilibre régional est trop précaire pour qu’un dirigeant puisse, pour des raisons internes, le remettre en question. La présence syrienne au Liban ne déroge pas à la règle. Et si aujourd’hui cette présence est remise en question, c’est avant tout à cause du changement survenu dans la conjoncture régionale. C’est parce que cette conjoncture pouvait à tout moment changer que des voix se sont élevées, depuis des années déjà, pour convaincre les Syriens de procéder à un rééquilibrage de leurs relations avec les Libanais, dans le but de parvenir à un «compromis historique» entre les deux pays. L’objectif était de faire l’économie de problèmes à venir et de préparer les deux pays à la paix. Ces appels n’ont jamais été entendus. Les Syriens et, avec eux, la classe politique qu’ils ont mise au pouvoir ont considéré qu’un tel dialogue n’était pas nécessaire et que le statu quo établi après 1990 pouvait être indéfiniment maintenu avec un Parlement soigneusement désigné et des services de renseignements actifs. Pour faciliter la tâche à ces derniers, les Libanais avaient été divisés en deux catégories : les «alliés» de la Syrie et les «agents» d’Israël. Tous ceux qui n’appartenaient pas à la première de ces catégories faisaient nécessairement partie de la seconde. Le patriotisme libanais n’avait plus cours. Être «libanais» ne signifiait plus rien. C’est pour réaffirmer cette identité perdue que les étudiants ont décidé de bouger. Ils l’ont fait avec la conscience d’exprimer le ras-le-bol de l’ensemble de la population. Que leur reproche le pouvoir ? De «faire le jeu de l’ennemi», d’être «manipulés» de l’extérieur ? De remettre en cause la paix civile ? Ces accusations sont sans fondement. Ce que le pouvoir devrait comprendre, c’est que le seuil de tolérance des Libanais a été atteint. Partout, dans tous les milieux, dans toutes les communautés, dans toutes les régions, l’exaspération est à son comble. Chacun l’exprime à sa manière, mais tous sont d’accord pour dire que rien ne va plus. Les commerçants ont décrété l’état d’urgence économique, le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth a dénoncé le caractère policier de l’État, le patriarche maronite a rappelé la famine de la Première Guerre mondiale, les syndicats ont appelé à une «manifestation de la faim»... Même la peur qui servait de dernier fondement à ce pouvoir commence à s’estomper. Un pouvoir qui défère sa jeunesse devant les tribunaux n’est pas un pouvoir fort, mais un pouvoir sans avenir.
«La présence syrienne au Liban est légale et temporaire». Pour la première fois depuis longtemps, un responsable libanais – en l’occurrence le chef de l’État – rappelle l’aspect «temporaire» de cette présence. Le fait mérite d’être souligné, car, depuis septembre 1992, date à laquelle les troupes syriennes auraient dû, conformément à l’accord de Taëf, se replier vers la Békaa, personne n’avait osé rappeler que cette présence n’était pas permanente. Bien au contraire, de surenchère en surenchère, les Libanais avaient fini par oublier que l’entrée des troupes syriennes s’était faite dans le cadre de la guerre et que leur départ – qui aurait dû suivre le rétablissement de la paix civile – avait été retardé en raison de la négociation entamée à Madrid en 1991. Cette présence...