En s’alliant à la Bourse de Londres, Francfort échapperait à la marginalisation qui semble la menacer depuis l’annonce en mars dernier de l’union des places de Paris, Amsterdam et Bruxelles, baptisée Euronext, estimaient hier des experts allemands. Ce mariage germano-britannique n’est toutefois pas encore conclu. La place britannique a confirmé mener des discussions avec son homologue allemande, soulignant qu’un accord n’était pas certain. Francfort a de son côté refusé de faire le moindre commentaire sur le sujet. Selon le quotidien américain Wall Street Journal Europe, des responsables des deux instituts se rencontreront au cours du week-end de Pâques pour discuter de leur fusion. Peu après la création d’Euronext, le patron de la Deutsche Boerse, Werner Seifert, s’était défendu de se sentir seul. «La création d’Euronext est un mouvement très intelligent. C’est un mouvement extrêmement bienvenu. Nous ne nous sentons aucunement isolés», avait-il déclaré en mars dernier. Pourtant, les experts sont catégoriques: toutes les Bourses européennes sont actuellement sous pression. «Les investisseurs ne tolèrent plus de devoir faire leurs transactions dans 30 bourses européennes différentes (UE et pays de l’Est)», observe un analyste francfortois. «Au sein de cette zone, ils n’investissent plus que par secteur (automobile, chimie, etc) et pas par pays», ajoute-t-il. Les places européennes traditionnelles, considérées comme lentes, risquent de plus en plus d’être en concurrence avec des nouvelles venues, les Bourses électroniques, souligne un de ses confrères. Celles-ci, comme le britannique Tradepoint ou le Nasdaq Europe qui naîtra l’an prochain, sont financées par des investisseurs financiers (banques, assurances, etc). Pour faire face à ces défis, Francfort avait déjà entamé des négociations avec Londres en 1998. Ces pourparlers avaient achoppé l’an passé sur la question de la plate-forme informatique à utiliser pour les transactions. Les deux places étaient toutefois restées en contact dans le cadre de la coopération des huit grandes Bourses européennes lancée mi-1999. Selon les analystes, une union entre les deux Bourses serait parfaitement bénéfique pour les deux parties : la plate-forme commerciale brasserait des liquidités plus importantes et des synergies pourraient être réalisées. «À terme, il n’y aura plus de toute façon qu’une ou deux Bourses en Europe, comme le veulent les investisseurs», prédit un expert allemand. Si son mariage avec la Bourse britannique se concrétise, la Deutsche Boerse devrait dominer le nouvel ensemble, car elle apporte la majorité du capital. Ce point fait justement hésiter certains dirigeants du London Stock Echange (LSE), réticents à abandonner leur suprématie. Les opérateurs londoniens rechignent toujours à jeter aux orties leur système électronique au profit du système allemand Xetra, jugé inadapté. Cette union retarderait l’entrée en Bourse de la Deutsche Boerse, que M. Seifert avait prévue dans le cadre d’une large restructuration du groupe. Baptisée Euroboard, la place allemande, qui a réalisé en 1999 un chiffre d’affaires de plus de 643 millions d’euros (groupe total), devait ainsi accueillir dans son capital de grands investisseurs internationaux étrangers. Les propriétaires actuels de la Bourse de Francfort, dont la majorité sont des banques allemandes, devaient décider le 4 mai prochain de ce placement.
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