Le gouvernement britannique va accueillir une délégation zimbabwéenne le 27 avril pour discuter de la question brûlante de la redistribution des terres, sans pour autant céder à ce que Londres estime être les provocations du président Mugabe. La délégation, conduite par le secrétaire d’État zimbabwéen John Nkomo, évoquera avec les responsables britanniques ce qui constitue le principal sujet de contentieux entre le Zimbabwe et son ancienne puissance coloniale. L’ouverture du dialogue entre Londres et Harare survient au pire moment de l’occupation depuis février d’un millier de propriétés de fermiers blancs par des anciens combattants de l’indépendance, encouragés par M. Mugabe. Un deuxième fermier blanc, Martin Olds, a été tué mardi par une bande armée. Et dans une interview à l’occasion du 20e anniversaire de l’indépendance de son pays, Robert Mugabe a qualifié d’«ennemis» de la nation les fermiers blancs, dont les 4 000 propriétés occupent plus de deux tiers des meilleures terres du pays. Le secrétaire au Foreign Office, Robin Cook, a cependant voulu mercredi mettre en avant les perspectives d’ouverture. «Les résultats sont encourageants dans le sens où le gouvernement du Zimbabwe semble souhaiter revenir au dialogue sur lequel nous nous étions mis d’accord, et je suis heureux que nous ayons désormais fixé une date pour la venue d’une délégation à Londres», a-t-il déclaré sur la BBC-radio. M. Cook a cependant rappelé que Londres refusait toujours de discuter d’une réforme agraire au Zimbabwe tant que l’occupation des terres se poursuivrait. Il a aussi répété que Londres n’envisagerait de reprendre sa contribution financière à un programme de redistribution des terres que si celui-ci était équitable et au bénéfice des plus pauvres. Estimant l’opération entachée de népotisme, Londres a suspendu ses versements après avoir alloué 44 millions de livres (69 millions de dollars) depuis 1980. Le quotidien The Guardian soulignait mercredi qu’au nombre des quelque 400 bénéficiaires de terres déjà redistribuées figurent le procureur général du pays, le ministre des Mines et du Tourisme, le président du Parlement, deux juges suprêmes et un ancien général. Le président Mugabe estime de son côté que Londres a le devoir d’indemniser les fermiers blancs afin de régler un legs du colonialisme. Il est accusé par l’opposition conservatrice britannique de verser de l’huile sur le feu dans l’espoir que la crise profitera à son parti, lors des élections législatives convoquées pour le mois prochain, à une date restant à déterminer. Le gouvernement de Tony Blair doit en l’occurrence résister aux «provocations» du chef de l’État africain et aux pressions de sa propre opposition, qui exige des sanctions. «J’ai parlé à plusieurs représentants des fermiers blancs, et ils ont très clairement indiqué qu’ils souhaitaient que nous veillions à ne pas envenimer la situation car, selon leur propos, si nous tapons sur la tête de Mugabe, alors Mugabe leur tapera sur la tête», a indiqué M. Cook. Il s’est félicité de l’intervention en faveur de l’apaisement du secrétaire général de l’Onu Kofi Annan et a espéré que ce dernier sensibiliserait les quatorze pays d’Afrique australe, membres de la SADC.
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