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Actualités - Conferences Et Seminaires

Les musulmans américains : une ascension difficile

La présence des musulmans aux États-Unis a substantiellement augmenté durant les deux dernières décennies. Il existe actuellement dans le pays 1 250 mosquées, indique le magazine américain Society and Values dans une enquête effectuée auprès d’Yvonne Haddad, professeur d’études islamiques à Massachusetts. Depuis 1984, leur nombre a pratiquement doublé. Ce qui est intéressant à propos de l’islam, relève Yvonne Haddad, c’est qu’il s’agit d’une religion «transplantable». N’importe quel endroit peut servir de lieu de culte. L’établissement de la communauté musulmane aux États-Unis et la diffusion de la religion ont débuté lors de la Grande Dépression. Interrogés sur les éventuelles tensions qui existaient entre les musulmans et les tenants des autres religions, Mme Haddad répond qu’il s’agissait «d’une tension beaucoup plus raciste que religieuse». La question était alors de savoir si les Arabes pouvaient être considérés comme des citoyens à part entière, car à cette période, «la citoyenneté américaine était définie par la race caucasienne et noire; les Arabes ne faisaient partie d’aucune de ces deux catégories». Quant à la croissance rapide et importante observée ces dernières années, elle a pris sa source dans la législation sur l’immigration votée en 1965. Celle-ci comptait une série de lois accordant des visas aux personnes établies en territoire américain «sur la base de leur contribution à la société, et non sur la base de la filiation», affirme l’islamologue. L’année 1965 a connu une vague d’immigration constituée par des médecins et des ingénieurs. Ces nouveaux venus ont établi leurs propres mosquées, car ils ne pouvaient plus se référer aux mosquées existantes relevant de la Fédération des associations islamiques, et refusaient la politique d’assimilation en vigueur. Ils se considéraient comme étant très «américanisés, très christianisés», note l’intervenante, d’où une distinction nette entre l’ancienne classe de mosquées et les nouvelles. De mieux en mieux organisés, regroupés au sein de réseaux communautaires, les Américains musulmans (on ne dira jamais les musulmans américains) ont aujourd’hui leurs clubs, lieux de culte, écoles et institutions religieuses. Cependant la question qui denure, est de savoir comment les jeunes encore plus imprégnés d’américanisation, peuvent concilier entre deux cultures ? Pour Yvonne Haddad, l’intégration s’est faite en partie, et à certains niveaux, de manière probante. Cependant, dit-elle, et au regard de «l’islamophobie», les choses sont moins simples. Sur 365 personnes interrogées, seules 100 ont répondu que la discrimination existe, mais toutes ont répondu par la négative à la question de savoir si elles avaient personnellement vécu un cas de discrimination. Cette peur est par conséquent imperceptible, dit-elle. Elle estime que la presse contribue à cette paranoïa. «Les musulmans sont à l’aise. Ils sont régulièrement invités dans les églises et les synagogues et participent à des dialogues interreligieux et pourtant ils s’inquiètent en lisant dans la presse des histoires de terrorisme». Comment réagissent-ils ? L’activisme politique est-il en vigueur parmi les Américains musulmans ? Difficile de répondre à de telles questions, dit Yvonne Haddad, car l’action politique dans les rangs des musulmans n’est pas encore bien organisée. Depuis les années 70, plusieurs groupes arabo-américains ont vu le jour. Ces organisations regroupent des musulmans aussi bien que des chrétiens. Elles se sont formées après la guerre arabo-israélienne d’octobre 1973. Leurs membres se mobilisaient pour des causes arabo-américaines, telles que la discrimination. Quant aux organisations islamiques à proprement parler, elles se sentent menacées par la législation américaine qui combat le terrorisme. Leurs dirigeants et leurs membres ont peur d’être la cible de cette politique. Dans l’ensemble cependant, la reconnaissance de cette communauté par les différents responsables et leaders politiques est aujourd’hui chose acquise. Cela s’est traduit par des félicitations de l’État à l’occasion du Ramadan et même un iftar à la Maison-Blanche. Les musulmans ne peuvent plus être ignorés dans cette partie du monde et sont désormais reconnus comme partie intégrante de la société américaine. Mais de là à conclure que leur intégration est réalisée il y a loin, car l’on serait en train de sous-estimer la réalité politique et sociale. «Si les musulmans se sentaient véritablement à l’aise dans la société américaine, l’intégration se serait passée beaucoup plus simplement. Au cours de la dernière décennie, et depuis la chute de l’empire soviétique, certains ont le sentiment que nous avons besoin d’un ennemi», conclut Yvonne Haddad.
La présence des musulmans aux États-Unis a substantiellement augmenté durant les deux dernières décennies. Il existe actuellement dans le pays 1 250 mosquées, indique le magazine américain Society and Values dans une enquête effectuée auprès d’Yvonne Haddad, professeur d’études islamiques à Massachusetts. Depuis 1984, leur nombre a pratiquement doublé. Ce qui est intéressant à propos de l’islam, relève Yvonne Haddad, c’est qu’il s’agit d’une religion «transplantable». N’importe quel endroit peut servir de lieu de culte. L’établissement de la communauté musulmane aux États-Unis et la diffusion de la religion ont débuté lors de la Grande Dépression. Interrogés sur les éventuelles tensions qui existaient entre les musulmans et les tenants des autres religions, Mme Haddad répond qu’il...