Un linguiste américain, Steven Roger Fisher, pronostique que les échanges commerciaux en Amérique du Sud provoqueront la fusion des langues du continent, amenant le portugais du Brésil à disparaître au profit du «portunol», un mélange de portugais et d’espagnol. «Dans 300 ans, le Brésil parlera une langue très différente de l’actuelle car il est entouré de pays qui parlent espagnol. À mesure que les échanges commerciaux augmenteront, les contacts augmenteront et la pression sera grande», a déclaré à l’hedomadaire Veja de cette semaine ce linguiste de 52 ans, connu pour avoir déchiffré les inscriptions de l’Île de Pâques, au début des années 1990. «En même temps, Argentins, Colombiens, Chiliens et Uruguayens utiliseront des expressions du portugais du Brésil. Les deux langues sont très proches, ce qui contribuera encore plus pour la fusion», a-t-il ajouté. Ce mélange de langues est ce qui doit arriver, selon lui, à moindre échelle à l’anglais, de plus en plus influencé aussi par l’espagnol. «Cela se voit même déjà dans les films de Hollywood», a dit le linguiste de l’Université de Californie qui vit aujourd’hui en Nouvelle-Zélande où il dirige l’Institut des langues et littératures polynésiennes. Entre 4 000 et 6 800 langues Selon M. Fischer, si aujourd’hui on parle entre 4 000 et 6 800 langues sur terre, il y a en aura moins de 1 000 dans 100 ans et pas plus de 24 dans 300 ans. L’anglais, le mandarin et l’espagnol seront les plus parlées. La majorité des personnes seront bilingues et l’anglais sera probablement la langue universelle. L’hébreu et l’arabe survivront, étant donné leur importance religieuse, comme cela s’est passé pour le latin, selon lui. «La globalisation et l’Internet augmentent encore l’influence de la langue anglaise. Jamais dans l’histoire de l’humanité une langue n’a eu une telle importance», a estimé M. Fischer. «Aujourd’hui la devise est : Apprend l’anglais et prospère ou ignore-le et souffre», a ajouté le linguiste, qui considère que «si l’on y perd en matière de diversité de langues, on aura beaucoup à gagner en matière de communication, coopération et commerce». Pour lui, «cela servira à une meilleure entente de l’humanité». «C’est une perte de temps de protéger les langues des Indiens du Brésil s’ils sont dans une favela à se saouler toute la journée. Il serait plus utile de leur apprendre le portugais et les aider à apprendre un métier», a estimé M. Fischer, pour qui «les linguistes montrent parfois plus d’enthousiasme pour la préservation de la langue que pour celle des propres individus qui la parlent». Selon lui, l’anglais prédomine aujourd’hui car au XXe siècle, à mesure que le poids de l’allemand et du français diminuait, augmentait l’influence de l’anglais. «Des milliers de personnes ont commencé à étudier l’anglais tous les jours et, si l’on compte les bilingues, il y a plus de gens parlant l’anglais que le mandarin», a-t-il précisé. M. Fischer considère par ailleurs que le portugais du Brésil et du Portugal est encore la même langue mais avec de grandes différences et que cette tendance va s’accentuer, contrairement à l’anglais et l’américain qui se rapprocheront de plus en plus en raison de l’influence grandissante des États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
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