«Le plus jeune Premier ministre donné à la France». En l’installant à Matignon en 1984, François Mitterrand mettait ainsi l’accent sur la principale raison de la nomination de Laurent Fabius : sa jeunesse. Depuis, l’actuel président de l’Assemblée nationale, 53 ans, a démontré qu’il possédait bien d’autres qualités, notamment celle de rebondir. Dès son arrivée à l’hôtel Matignon, à 37 ans, on attribua à Laurent Fabius des ambitions présidentielles. Mais les luttes intestines au PS et sa rivalité avec Lionel Jospin, la concurrence entre ces deux dauphins potentiels de François Mitterrand devaient enrayer rapidement son ascension. D’autant que l’affaire du sang contaminé l’a conduit à mettre sa carrière politique entre parenthèses avant que la relaxe lui permette de nouveau de jouer les premiers rôles sur la scène politique. Qualifié «d’animal à sang-froid» ou de «Giscard de gauche» par ses détracteurs, Laurent Fabius est porté aux nues par ses partisans. Ils le trouvent brillant et habile et ont toujours été impressionnés de le voir traiter n’importe quel sujet sans note. Quand il était ministre du Budget, il présentait la loi de finance sans une feuille de papier à la tribune de l’Assemblée nationale. Normalien, agrégé de lettres, énarque, champion d’équitation, le jeune Fabius fait irruption sur la scène politico-médiatique au congrès socialiste de Metz, en avril 1979. À la tribune, il porte le fer contre Michel Rocard qui s’inclinera devant François Mitterrand. S’engage alors l’ascension politique de ce sabra qui a adhéré au PS en 1974 avant d’être député de Seine-Maritime en 1978. Sa culture littéraire, sa fidélité et sa proximité politiques avec le «patron» font qu’il devient, peu à peu, «le fils préféré» de François Mitterrand. Au lendemain du 10 mai 1981, le voici ministre du Budget. Deux ans plus tard, il reçoit le portefeuille de l’Industrie et à l’été 1984, alors que la gauche est dans la tourmente avec la crise de l’école privée, il succède à Pierre Mauroy à Matignon. Mais le plus jeune Premier ministre de la République va à son tour connaître revers et déconvenues. À l’été 1985, c’est l’affaire Greenpeace : le sabordage, en Nouvelle-Zélande, du navire de l’organisation écologiste opposée aux essais nucléaires français. Au terme d’une complexe confrontation avec l’Élysée et la Défense, il finit par obtenir la démission de Charles Hernu, fidèle de François Mitterrand. Les relations se distendent. «Lui c’est lui, moi c’est moi», déclare un jour M. Fabius en parlant du président de la République. Proférée par un homme réputé proche de M. Mitterrand, l’affirmation surprend. Les dissentiments s’accentuent. En décembre 1985, le chef du gouvernement innove dans la pratique de la Ve République en poursuivant son émancipation à l’égard du chef de l’État. À l’Assemblée, il se dit «troublé» par l’audience accordée par M. Mitterrand au général Jaruzelski, le maître de Varsovie, provoquant l’irritation du président. L’échec du congrès de Rennes est pour lui un nouveau revers à l’approche des législatives de 1986. François Mitterrand tranche en faveur de Lionel Jospin, dans la controverse qui l’oppose au Premier ministre pour conduire la campagne. Deux années plus tard, le chef de l’État, réélu, tentera pourtant, mais en vain, d’imposer M. Fabius à la direction du PS. Le député de Seine-Maritime se voit alors offrir la présidence de l’Assemblée nationale. Toujours soucieux de faire barrage à Michel Rocard, François Mitterrand échouera encore à placer Laurent Fabius à la tête du PS, lors du calamiteux congrès de Rennes qui, en 1990, consacre la rupture dans la famille mitterrandienne. Patron du PS en 1992, il est contraint de céder la place à M. Rocard après la débâcle législative de 1993. M. Fabius préside alors le groupe PS, réduit à moins de 70 députés. Le bon score réalisé par M. Jospin à la présidentielle de 1995 conforte ce dernier, «l’héritier rebelle» de François Mitterrand, dans l’appareil socialiste. Et tandis que M. Jospin ramène la gauche à Matignon en 1997, M. Fabius qui s’est beaucoup engagé dans la campagne retrouve le perchoir. Depuis il s’est engagé pour la réduction des impôts et des prélèvements obligatoires en assurant que trop d’impôts peut conduire à la défaite de la gauche lors des prochaines élections.
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