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Actualités - Reportages

Suivez-moi jeune homme

«Prenez-moi à Jdeideh». Environ 75 ans, la voix calme, posée, mais les mains tremblantes, un méchant tic distord le visage extrêmement ridé et toujours beau de la cliente de Gino. Elle ne lui précise aucune adresse, aucune rue, rien, juste ce «Prenez-moi à Jdeideh», plus qu’une demande, une injonction, un ordre presque. Elle veut juste le plus haut, le plus grand immeuble de Jdeideh, elle demande à Gino de le lui choisir. Habitué aux exigences parfois saugrenues et irrationnelles de ses clients, il obtempère et l’arrête au pied d’un immeuble de douze étages. «Accompagnez-moi jusqu’au toit, je voudrais me suicider». Interloqué, voire même un peu choqué, Gino, évidemment, refuse, tergiverse, passe des minutes, une éternité, à la convaincre, l’implorant d’abandonner cette idée morbide, macabre. «Je n’en peux plus de voir chaque jour le médecin, d’ingurgiter une quantité astronomique de médicaments, ça ne sert à rien, je n’en peux plus, je suis seule et je n’ai aucune envie de me suicider chez moi, à Achrafieh». En désespoir de cause, Gino finit quand même par la persuader d’aller à Horch Tabet, mais là-bas aucun immeuble ne lui a plu, et la phrase obsessionnelle de revenir, encore et encore, «Prenez-moi à Jdeideh». Lessivé et après moult atermoiements, Gino finit par la ramener chez elle, à Achrafieh, soulagé, rassuré et à des années-lumière de s’imaginer qu’en ouvrant la portière de la voiture, elle allait le regarder droit dans les yeux, la voix humide, toute langoureuse, «Suivez-moi jeune homme, venez, montez donc boire un café avec moi».
«Prenez-moi à Jdeideh». Environ 75 ans, la voix calme, posée, mais les mains tremblantes, un méchant tic distord le visage extrêmement ridé et toujours beau de la cliente de Gino. Elle ne lui précise aucune adresse, aucune rue, rien, juste ce «Prenez-moi à Jdeideh», plus qu’une demande, une injonction, un ordre presque. Elle veut juste le plus haut, le plus grand immeuble de Jdeideh, elle demande à Gino de le lui choisir. Habitué aux exigences parfois saugrenues et irrationnelles de ses clients, il obtempère et l’arrête au pied d’un immeuble de douze étages. «Accompagnez-moi jusqu’au toit, je voudrais me suicider». Interloqué, voire même un peu choqué, Gino, évidemment, refuse, tergiverse, passe des minutes, une éternité, à la convaincre, l’implorant d’abandonner cette idée morbide, macabre. «Je...