Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Tribune du disque Beethoven Concerto pour piano No. 6

De l’œuvre pour violon de Beethoven, tout mélomane cite en premier lieu la Sonate dite Le printemps ou la Sonate à Kreutzer et le concerto pour violon. Celui-ci, composé en 1806, est exécuté dès le 23 décembre de la même année, à Vienne, par le virtuose Franz Clément, à l’intention duquel il a été écrit. L’histoire de cette œuvre pourrait s’arrêter là si l’année suivante Beethoven ne faisait, à l’instigation de l’éditeur Clementi et pour la jeune femme d’un de ses plus anciens amis (Julie Vering, excellente pianiste et épouse de Stephan von Breuning, dédicataire lui-même du concerto pour violon), une transcription de son concerto pour violon en concerto pour piano. Sous le regard tout à la fois amusé et amical de Beethoven, le mari et la femme sont ainsi devenus dédicataires chacun d’une œuvre singulière. Œuvre cependant formée d’un tissu unique, réalité double et unique comme celle de leur couple, que la mort devait du reste si peu de temps après... ceci pour la petite histoire, mais celle-ci est jolie. Il y a donc désormais, pensé et réalisé par l’auteur, un sixième concerto pour piano de Beethoven. Chronologiquement, le concerto en ré majeur se place entre le quatrième et le cinquième, l’avant-dernier donc. En tant que concerto pour piano, et par rapport à la version première pour violon, il comporte certaines caractéristiques qui en font une œuvre tout à fait singulière dans le catalogue beethovénien : à titre d’exemple, l’extraordinaire cadence pianistique du premier mouvement avec l’irruption soudaine des timbales soutenant le soliste (Beethoven n’a pas écrit les cadences pour son concerto de violon alors qu’elles deviennent ici partie intégrante de l’œuvre). Il reste aussi que la conception générale de l’œuvre, à l’exception du larghetto peut-être, s’accommode si bien du piano qu’on peut se demander si Beethoven n’avait pas d’abord pensé à un concerto pour piano avant d’opter pour le violon. Il était spontanément tellement plus pianiste... Grâces soient donc rendues à Barenboïm pour nous donner une version de ce sixième concerto pour piano, si peu présent dans les catalogues. Bien sûr, l’enregistrement n’est pas réçent (1975), mais cette œuvre est si peu présente aux catalogues. Tout à la fois soliste et chef d’orchestre, il construit une œuvre au souffle large, où le piano peut tour à tour se montrer étincelant de vitalité ou d’ardeur contenue, où l’orchestre montre un sens remarquable des nuances. Un seul regret peut-être : Barenboïm opte pour une construction rigoureuse et pour le refus d’un certain pathos, souvent associé du reste à la version pour violon, et il a raison. Mais si le larghetto prend sous sa direction une dimension nouvelle et dense de lyrisme retenu, c’est moins valable pour le premier mouvement. Dans la grande cadence de celui-ci, les pulsations discrètes des timbales ajoutent une note sensible de mystère mais ôtent à l’ardeur de l’épisode que Beethoven a quand même noté Marcia et qui annonce la venue de la future musique pour l’Egmont de Gœthe. Mais ce n’est qu’une légère critique et je suis sûr que cette «transcription» jettera un nouveau regard sur l’œuvre.
De l’œuvre pour violon de Beethoven, tout mélomane cite en premier lieu la Sonate dite Le printemps ou la Sonate à Kreutzer et le concerto pour violon. Celui-ci, composé en 1806, est exécuté dès le 23 décembre de la même année, à Vienne, par le virtuose Franz Clément, à l’intention duquel il a été écrit. L’histoire de cette œuvre pourrait s’arrêter là si l’année suivante Beethoven ne faisait, à l’instigation de l’éditeur Clementi et pour la jeune femme d’un de ses plus anciens amis (Julie Vering, excellente pianiste et épouse de Stephan von Breuning, dédicataire lui-même du concerto pour violon), une transcription de son concerto pour violon en concerto pour piano. Sous le regard tout à la fois amusé et amical de Beethoven, le mari et la femme sont ainsi devenus dédicataires chacun d’une...