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Actualités - Chronologie

Prévisions et risques Le XXIe siècle face aux antibiotiques

C’est peut-être la plus grande découverte du siècle qui vient de se terminer sinon celle de l’histoire de la médecine. Grâce à ces remèdes, des hécatombes ont été évitées et d’immenses économies en vies humaines réalisées. Quand, le 4 septembre 1945, un petit homme aux cheveux blancs prit la parole devant l’Académie nationale de médecine à Paris pour commenter sa découverte, une nouvelle route royale s’ouvrait à l’art de guérir. Alexander Fleming, avec une grande humilité, énonça au public international la portée de cette miraculeuse substance à laquelle il donna le nom de pénicilline. «On m’a accusé d’avoir inventé la pénicilline..., dit-il, or personne n’aurait pu l’inventer car elle existait déjà, probablement depuis très longtemps, fabriquée par une espèce de moisissures, une des formes inférieures de la vie végétale que nous voyons se développer sur le fromage, sur le pain ou la confiture... Non, je n’ai pas inventé la pénicilline mais j’ai attiré sur elle l’attention des hommes et je lui ai donné son nom». C’était là un des grands moments de l’histoire des hommes qui confirmait une des plus belles victoires de l’esprit humain contre la mort. Mais il faut croire que l’homme ne peut, aussi génial soit-il, braver sa destinée... De plus en plus d’agents infectieux résistent aux miraculeux antibiotiques dont Alexander Fleming, par sa découverte, inaugura l’ère. Malgré les victoires éclatantes remportées sur tous les fronts infectieux, les avertissements de Fleming sont en train de s’avérer justifiés : «Cela aboutirait à ce que, au lieu d’éliminer l’infection, on apprenne aux microbes à résister à la pénicilline et à se transmettre d’un individu à l’autre, jusqu’à ce qu’ils en atteignent un chez qui ils provoqueraient une pneumonie ou une septicémie que la pénicilline ne pourrait plus guérir»... Ce scénario-catastrophe est en train de se produire, depuis quelque temps déjà, mobilisant les milieux scientifiques et la recherche... Les chercheurs savaient donc dès le début de la découverte qu’ils devraient combattre la résistance des microbes transmise à leur descendance afin qu’elle puisse faire face au péril de l’anéantissement de l’espèce qui la menaçait. Dans les années 80, on dénombrait déjà plus de 50 pénicillines, 70 céphalosporines, 12 tétracyclines, 9 macrolides... Aujourd’hui, la panoplie s’avère de plus en plus insuffisante. Des souches microbiennes diverses, de plus en plus nombreuses, résistent de plus en plus vaillamment aux antibiotiques. Cette résistance dans certains cas atteint 90%. La tuberculose, la méningite bactérienne, les infections urinaires, les diarrhées, les gonococcies, sans oublier la peste opposent à ces panacées une résistance qui peut atteindre jusqu’à 60% dans les soins intensifs des pays avancés. De l’aveu des spécialistes, les staphylocoques dorés peuvent actuellement résister à plus de 20 familles différentes d’antibiotiques, dont certains étaient considérés, jusqu’à très récemment, comme l’ultime recours. Une mobilisation mondiale Ces cinq dernières années, le péril a justifié la mobilisation mondiale. Les voyages internationaux, la mobilité des populations, les exodes provoqués par des développements politiques ainsi que la mondialisation touristique et culturelle permettent la propagation rapide du phénomène. Alertée, l’OMS a déjà élaboré un plan de lutte contre la résistance aux antibiotiques. Des congrès, colloques, réunions scientifiques diverses sont tenus régulièrement aux quatre coins du monde. Des structures de surveillance se sont mises en place. Ceci pourtant n’exclut pas radicalement la peur de revenir à l’époque préantibiotique. D’autant plus que, depuis plus de vingt ans, aucune découverte majeure n’est venue renforcer l’arsenal. Que doit-on retenir sur le plan individuel de ce panorama catastrophique ? En premier, qu’au Liban nous cumulons deux importantes conditions favorables au développement des résistances : l’usage abusif d’antibiotiques et l’utilisation hasardeuse ou inadéquate de ces remèdes. Il serait bon de rappeler qu’il faut réserver ces médicaments aux infections pour lesquelles ils sont indispensables. Les antibiotiques sont un recours d’exception et non pas un remède de routine. Lorsque le recours aux antibiotiques s’avère indispensable, ils doivent être pris à des doses suffisantes et durant des périodes indiquées. Interrompre un traitement ou avoir recours à un remède qui a réussi à guérir quelqu’un d’autre, sans avis précis d’un médecin, c’est favoriser des résistances qui, un jour, pourraient s’avérer tragiques, autant pour soi que pour les autres. La distribution banalisée d’antibiotiques, la prise de produits mal ciblés sous prétexte qu’ils ont réussi chez quelqu’un d’autre, les traitements mal suivis et la manière anarchique au mépris des règles élémentaires de précautions sont à l’origine de situations non seulement regrettables pour soi mais pour la société entière. Car au moment où éclatera une épidémie ou se présentera une situation critique, on payera très cher une désinvolture proche de l’inconscience.
C’est peut-être la plus grande découverte du siècle qui vient de se terminer sinon celle de l’histoire de la médecine. Grâce à ces remèdes, des hécatombes ont été évitées et d’immenses économies en vies humaines réalisées. Quand, le 4 septembre 1945, un petit homme aux cheveux blancs prit la parole devant l’Académie nationale de médecine à Paris pour commenter sa découverte, une nouvelle route royale s’ouvrait à l’art de guérir. Alexander Fleming, avec une grande humilité, énonça au public international la portée de cette miraculeuse substance à laquelle il donna le nom de pénicilline. «On m’a accusé d’avoir inventé la pénicilline..., dit-il, or personne n’aurait pu l’inventer car elle existait déjà, probablement depuis très longtemps, fabriquée par une espèce de moisissures, une...