L’atmosphère était plus détendue que de coutume, samedi soir, au théâtre des Champ-Élysées, et le palmarès de la 25e cérémonie des Césars n’a semblé surprendre personne. En un quart de siècle, la soirée des Césars est passée d’une cérémonie souvent boudée par les acteurs et les réalisateurs, à une manifestation à la fois prestigieuse et émotive, plébiscitée par le public et par la profession. Pour ses noces d’argent, qui coïncident avec l’arrivée du nouveau millénaire, l’Académie des arts et techniques du cinéma français a choisi de rendre hommage au passé. Les monstres sacrés du 7e art français ont défilé, en personne ou en images: les apparitions d’Alain Delon qui présidait pour la deuxième fois la cérémonie, et de Catherine Deneuve qui remettait un César d’honneur à Martin Scorcese furent les plus remarquées. Roger Vadim, Brigitte Bardot et Louis de Funès n’ont pas manqué d’être évoqués. La remise des trophées du cinéma francais est révélatrice de tendances : cette année, la tendance marquée est à un cinéma jeune et à un cinéma de jeunes. D’ailleurs, Virginie Ledoyen et Guillaume Canet, les héros du moment en France puisqu’ils partagent l’affiche de The Beach avec Leonardo Di Caprio, ont en quelque sorte ouvert la cérémonie pour remettre le trophée du meilleur second rôle masculin. La raison de cet effort est claire. En France, ces dernières années, la proportion de films adressés aux jeunes de moins de 25 ans était faible, ce qui explique l’échec au box-office des films nationaux. Seuls des films à grands budgets et de faible qualité comme Astérix et Obélix contre César (9 millions d’entrées en 1999), réussissent à concurrencer les «géants américains». Des films de grands metteurs en scène comme Regis Wargnier ou Patrice Leconte n’ont réalisé que de maigres recettes, et cela pourrait expliquer la victoire de Vénus Beauté (Institut), que personne ne voulait a priori produire, mais que le public vint nombreux voir. Un choix judicieux Luc Besson ne cesse d’être critiqué par la communauté cinématographique française. Le plus «américanisé» des cinéastes français était présent dans la salle mais son Jeanne d’Arc (pourtant 8 fois nominé) n’a obtenu que des Césars techniques. Besson affiche toujours un air dédaigneux et désinvolte qui lui attire l’antipathie de la presse locale. Les récompenses furent équitablement décernées : dans la catégorie du meilleur acteur, la compétition était serrée, mais Daniel Auteuil, qui avait déja obtenu la récompense pour son rôle dans Jean de Florette, méritait pleinement le trophée. L’acteur, dont la réputation n’est plus à faire, se produisait sur scène dans un théâtre à Paris, et n’a pu se rendre a la cérémonie qu’à la fin, à temps pour la traditionnelle «photo de famille». Il était temps aussi que François Berleand soit récompensé ; ce vétéran du cinéma a toujours eu d’excellentes prestations dans des films de grands metteurs en scène à l’instar de Benoît Jacquot ou de Pierre Jolivet. Quant à Karin Viard, que le public libanais connaît depuis la sortie de La Nouvelle Ève de Catherine Corsini (présente au Cinéma Six), elle est actuellement en tête de la jeune génération d’acteurs francais. Bien que Nathalie Baye aurait très bien pu recevoir le César pour son rôle dans Vénus Beauté (Institut), mais c’est Karin Viard qui s’est distinguée parce qu’elle sait oser des rôles à la fois audacieux et éclectiques et n’hésite pas a se «fragiliser» pour un film. C’est aussi le cas de Charlotte Gainsbourg, qui enchaîne les projets risqués des premiers films par exemple, comme La Bûche. Aucune surprise côté film étranger. C’est «l’année Almodovar» et le cinéaste espagnol bénéficie en plus d’un film de grande qualité, de la sympathie du public et de ses pairs. Il est quasi certain qu’après les trophées de meilleure réalisation à Cannes et du meilleur film étranger aux Golden Globe, il part favori aux Oscars de cette année. Nous nous permettrons d’émettre des réserves sur la victoire «retentissante» d’un film comme Vénus Beauté (Institut) que les spectateurs libanais ont eu l’occasion de voir grâce encore une fois au Cinéma Six. L’œuvre de Tonie Marshall a beaucoup d’atouts : c’est un film sensible, féminin sans être féministe, avec d’excellents interprètes, bien écrit et subtilement réalisé. Mais il n’a pas le souffle épique d’un «grand film» comme Est-Ouest, Jeanne d’Arc ou même La fille sur le pont. Sa victoire marque une volonté de récompenser un cinéma affaibli par le manque de financement. Et si le public présent dans la salle n’a pas manqué d’approuver le choix de l’académie, la victoire de Tonie Marshall est plus honorifique que due à son talent.
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