Les coptes, dont le pape Chénouda III rencontrera Jean-Paul II pendant sa visite au Caire fin février, forment une minorité économiquement influente mais restée largement à l’écart de la vie politique. Sur 65 millions d’habitants, l’Égypte compte 5,8 millions de coptes, selon les statistiques officielles, mais, selon les estimations de l’Église copte, ils seraient plus de 10 millions. Les coptes sont les descendants des anciens Égyptiens restés fidèles au christianisme après la conquête musulmane, une antériorité qu’ils revendiquent volontiers. L’écrasante majorité (près de 90 %) de la population de l’Égypte chrétienne s’est convertie au fil des siècles à l’islam, devenu la religion dominante. Profitant de la libéralisation économique, les coptes ont prospéré dans les affaires. Au moins trois coptes figurent parmi les dix plus grosses fortunes d’Égypte. Ainsi, Ounsi Sawirès, avec ses deux fils, Naguib et Samih, a bâti un empire dont les activités vont du téléphone portable au cinéma en passant par le tourisme, l’informatique, la restauration, le bâtiment et les travaux publics. Les coptes ont été dans les années 1990 la deuxième cible privilégiée des intégristes musulmans après les forces de sécurité. Sur les quelque 1 300 victimes de la violence islamiste, une centaine étaient des coptes. Avec la fin des années 1990, l’État a réussi à juguler les organisations intégristes armées. Ce succès ne pouvait que soulager les coptes, même si nombre d’entre eux estiment que les intégristes ont imprégné la société «d’un esprit d’intolérance religieuse». Beaucoup voient dans les troubles meurtriers entre musulmans et coptes du 2 janvier dans le village d’al-Kocheh (Haute-Égypte), qui ont fait au moins 22 morts, dont 20 coptes, le dernier exemple en date de ce climat de sédition confessionnelle. La lutte acharnée menée par le président Hosni Moubarak contre les islamistes a amené la communauté copte à le soutenir et à apporter son appui au Parti national démocrate (PND, au pouvoir). Mais, lors des dernières élections législatives en 1995, leur déception a été grande: le PND, qui a obtenu 417 des 454 sièges du Parlement, n’a présenté aucun candidat copte. Pour remédier à cette situation, M. Moubarak a dû nommer six députés coptes parmi les dix qu’il désigne de droit. Les coptes s’estiment ainsi sous-représentés dans la vie politique. Sur les 33 ministres du gouvernement d’Atef Ebeid, formé en octobre, deux sont coptes, les ministres de l’Économie et de l’Environnement. Le pape Chénouda III, 117e successeur de Saint-Marc, fondateur au Ier siècle de l’Église copte orthodoxe, entretenait des relations conflictuelles avec le président assassiné Anouar al-Sadate, qui l’accusait de vouloir jouer un rôle politique. Sadate l’avait assigné à résidence au monastère de Wadi al-Natroune (désert occidental) en 1981, et ce n’est qu’en 1985 que la mesure a été annulée par M. Moubarak. À la tête de l’Église copte depuis 29 ans, le pape Chénouda ne s’est jamais démarqué des positions politiques de la majorité musulmane, surtout en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. Aussi, malgré la normalisation des relations entre l’Égypte et Israël, le pape a-t-il interdit aux membres de sa communauté de se rendre à Jérusalem en pèlerinage. «Nous entrerons à Jérusalem main dans la main avec nos frères musulmans et palestiniens», répète-t-il. Outre les coptes orthodoxes, il existe en Égypte plusieurs autres communautés coptes minoritaires, notamment catholique, grecque-orthodoxe et protestante.
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