Les constructeurs automobiles américains ont largement profité d’un marché record aux États-Unis, avec l’attrait des automobilistes pour des véhicules de loisirs ou tout terrain, pour engranger des bénéfices confortables. En revanche, en dehors de leurs frontières, General Motors et Ford font pâle figure. GM n’a jamais gagné autant d’argent en une seule année. Le premier constructeur automobile mondial a dégagé un bénéfice net de 5,6 milliards de dollars, pratiquement deux fois plus que l’année précédente, et Ford l’a largement dépassé avec un profit de 7,2 milliards. «Grâce au marché record, la branche Amérique du Nord de GM a eu une année solide», a estimé Richard Wagoner, directeur général du groupe automobile. Un commentaire permettant de gommer la piètre performance de GM ailleurs dans le monde. Avec plus de franchise, le pdg de Ford, Jacques Nasser, reconnaît que «les résultats en Europe et en Amérique du Sud sont inacceptables». Les constructeurs américains, mais encore plus leurs homologues étrangers, ont réussi une grande année aux États-Unis en 99 où il s’est vendu 17 millions de véhicules, un volume jamais atteint par le passé. À première vue, l’importance du marché pourrait assurer une rente à vie aux constructeurs. Or, la concurrence est vive et les constructeurs doivent multiplier les initiatives pour rester dans la course, avec des coupes drastiques dans les coûts de fabrication et de commercialisation. Après les 700 millions de dollars en 99, le groupe Ford veut faire un milliard d’économies cette année, selon Jacques Nasser. La solution passe par la fermeture d’usines et des suppressions d’emplois, comme l’a annoncé Ford jeudi. C’est la seule alternative pour affronter la concurrence car la menace se précise. Les spécialistes européens du haut de gamme, comme Mercedes (DaimlerChrysler) ou BMW, ont pour la première fois l’an dernier vendu plus de voitures de luxe aux États-Unis que les constructeurs nationaux. D’une manière générale, GM (avec 29,2 % du marché) et dans une moindre mesure Ford (24,5 %) ont perdu des parts de marché car la croissance des ventes des constructeurs étrangers a été plus rapide. «Au cours d’une période d’excellentes ventes, GM continue à se débattre avec ses problèmes de réduction de coûts et de perte de parts de marché», a souligné Dennis Virag, analyste de Automotive Consulting. Ce n’est pas le prix des voitures qui est en cause mais plutôt «la perception par le consommateur de la valeur du produit, et la gamme de GM ne tente pas vraiment le client à cause d’un design un peu vieillot», selon lui. La sanction est immédiate en terme de rentabilité. À partir des seuls profits tirés des activités automobiles, le bénéfice moyen de Ford est de 792 dollars par véhicule vendu, pour seulement 538 dollars pour GM. Comme bon nombre de leurs concurrents, «GM et Ford ne gagnent pas d’argent sur les petites voitures. Si GM continue d’en perdre, Ford s’est fixé comme objectif d’en gagner», a noté Dennis Virag. Fort heureusement, le goût des automobilistes américains pour les gros véhicules de loisirs, les 4x4 ou les pick-up (environ la moitié des ventes), remplit les caisses des constructeurs.
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