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Actualités - Analyse

Tourisme religieux Une accusation infondée

Une accusation infondée a été lancée contre le dépliant publié par le ministère du Tourisme à l’occasion du jubilé proclamé par le pape Jean-Paul II pour marquer le 2 000e anniversaire de la naissance du Christ. Dans un article publié par la revue Al-Bina appartenant au Parti syrien national social (PSNS) en date du 8 janvier dernier, Ghassan Chami accuse le dépliant de faire le jeu d’Israël en affirmant que le Liban est une «terre biblique». Selon ce point de vue, cette affirmation fournirait à Israël un argument justifiant sa volonté de s’étendre sur tout ce qui constitue historiquement, suivant la doctrine sioniste, la terre d’Israël. L’accusation est lancée non pas contre le texte français du dépliant, mais contre le texte arabe, qui traduit «biblique» par «taouratiya», en référence à la Torah, qui correspond plus ou moins, dans la religion chrétienne, à l’Ancien Testament. En français, le terme «biblique» se réfère à l’ensemble de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Toutefois le terme «biblique» n’a pas encore d’équivalent fixe dans la langue arabe. Il peut être traduit tantôt par «kitabi», tantôt par «bibli», tantôt par «taouratiya», dans le sens où une partie répond du tout. Dans une brochure vulgarisatrice comme celle d’un dépliant, ces termes sont parfaitement équivalents. Dans la religion chrétienne, et la doctrine catholique est très claire à ce sujet, il n’y a pas de rupture entre l’Ancien et le Nouveau Testament, mais accomplissement. Jésus est venu accomplir la Loi (Torah) et les prophètes, et non pas les dénoncer. La foi chrétienne considère comme Parole de Dieu aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament, tout en lisant l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau. L’une des règles les plus élémentaires, pour interpréter un texte donné, c’est de le placer dans son contexte. Le dépliant parle histoire, en particulier histoire sainte, archéologie, foi. Tous les termes qui y sont employés doivent être interprétés suivant ce contexte précis. Les interpréter autrement, notamment dans une dimension nationaliste juive, comme fait l’article, est abusif. Au demeurant, le Liban n’est pas le seul pays de la région à être considéré comme une terre biblique. La Syrie, la Jordanie, l’Égypte, le sont aussi. Dans un guide de Terre sainte publié en France chez l’une des plus grandes maisons d’édition (CERF/MAME 1974), on propose aux pèlerins des «itinéraires bibliques» comprenant la côte libano-syrienne, le désert syrien, la Békaa, la Transjordanie. Le pape doit se rendre, en mars, au mont Nébo, en Jordanie, où la tradition situe la mort de Moïse, face à la «terre promise». Il se rendra ensuite en Égypte. Il comptait même se rendre en Irak, dans la région d’Ur, en Chaldée, patrie du patriarche Abraham. Ces faits n’ont plus la signification historique qu’elles ont pu avoir, ou continuent d’avoir dans l’esprit des partis idéologiques, mais une signification uniquement religieuse, symbolique, qui se comprend à la lumière de la révélation chrétienne. Le dépliant cherche, tout à la fois, à faire preuve d’objectivité et à inspirer à ses lecteurs, étrangers comme Libanais, l’amour du Liban. Beaucoup de Libanais, en effet, continuent d’ignorer les trésors spirituel, historique et archéologique de leur propre pays. Il va de soi donc que le dépliant n’a pas pour objet de propager une doctrine politique nationaliste. Isoler de son contexte le terme «taouratiya» utilisé et voir dans le dépliant un pamphlet sioniste relève de l’exagération. Dans un espace restreint et donc forcément limitatif, le texte décrit, en des termes simples, abordables, séduisants, la richesse historique du Liban, ses trésors archéologiques et, pour un chrétien fervent, les traces sûres, historiquement, du passage du Christ sur notre terre tels qu’établies dans le Nouveau Testament et l’archéologie et l’exégèse contemporaines. C’est pour cela, en particulier, que le dépliant situe Cana de Galilée au Liban, et non pas en terre de Palestine. Le dépliant s’adresse aux milliers de touristes dans le monde attirés au Liban, en raison de sa beauté naturelle, de sa valeur historique et biblique, en référence aussi bien à l’Ancien qu’au Nouveau Testament. C’est ainsi que le tourisme religieux, tout en mettant en avant la place du Liban, «Terre sainte», dans le Nouveau Testament, cherchera aussi à mettre en valeur le patrimoine biblique du Liban tel qu’il existe dans l’Ancien Testament, dans les «Tawrat». Ainsi, les touristes voudront certainement voir ces fameux cèdres du Liban tant célébrés par les Psaumes. Des Psaumes qui ont toujours été le livre de prière de l’Église. C’est en ce sens, et uniquement en ce sens, que le Liban a été décrit, à juste titre, comme un pays biblique, c’est-à-dire une terre chantée par la Bible, qui a utilisé ses montagnes, son parfum, ses eaux, sa neige, ses cèdres, comme autant de symboles de beauté, de majesté, de gloire ou d’orgeuil. Que certains le convoitent n’y changera rien. Ce Liban est confié aujourd’hui aux Libanais, pour qu’ils fassent une terre de compréhension, de modération, de tolérance, de dialogue, de largeur d’esprit et d’amour. Cela aussi contribuera à attirer chez nous les touristes, qui fuient tout ce qui est extrémisme ou sectarisme.
Une accusation infondée a été lancée contre le dépliant publié par le ministère du Tourisme à l’occasion du jubilé proclamé par le pape Jean-Paul II pour marquer le 2 000e anniversaire de la naissance du Christ. Dans un article publié par la revue Al-Bina appartenant au Parti syrien national social (PSNS) en date du 8 janvier dernier, Ghassan Chami accuse le dépliant de faire le jeu d’Israël en affirmant que le Liban est une «terre biblique». Selon ce point de vue, cette affirmation fournirait à Israël un argument justifiant sa volonté de s’étendre sur tout ce qui constitue historiquement, suivant la doctrine sioniste, la terre d’Israël. L’accusation est lancée non pas contre le texte français du dépliant, mais contre le texte arabe, qui traduit «biblique» par «taouratiya», en référence à la...