L’industrie russe a su profiter à plein de la dévaluation du rouble, l’inflation a été bien mieux maîtrisée que prévu, mais si la Russie va mieux, les Russes ont continué de s’appauvrir et 50 millions d’entre eux ne perçoivent plus le minimum vital. L’année 1999 a été très satisfaisante pour le gouvernement russe, grâce à l’envolée inespérée des prix du pétrole sur le marché international. Le budget était basé sur un prix «optimiste» du baril d’«or noir» à 14 dollars, alors qu’en janvier 1999 il ne dépassait pas 10 dollars. Or, le brut s’est envolé à 25 dollars le baril en novembre, un prix jamais atteint depuis la guerre du Golfe en 1991. Les recettes tirées des exportations pétrolières ont donc progressé de près de 30 % sur les onze premiers mois de l’année à 11,5 milliards de dollars, selon les chiffres officiels. Et la manne pétrolière, qui fournit plus de 40 % des devises étrangères entrant chaque mois en Russie, a permis de bénéficier d’un surplus de recettes budgétaires de l’ordre de 90 milliards de roubles. Le civisme des grands groupes russes s’est amélioré et s’est associé à la croissance et à une fermeté accrue du fisc pour engendrer une nette amélioration de la collecte fiscale. Dans le sillage des pétrolières, l’ensemble de l’économie a été tirée vers le haut. L’industrie russe a fait mieux que relever la tête, enregistrant sur l’année une croissance estimée à 8 %, selon les chiffres publiés la semaine dernière par le comité des statistiques. Quant à l’inflation, on prédisait en janvier 1999 un taux de 100 % : le gouvernement a maîtrisé la hausse des prix à 36,5 %. Mais cette «maîtrise remarquable» aux yeux des macroéconomistes n’a pas profité à la population dont les revenus n’ont pas suivi. Déjà durement touchée par la crise financière, entraînant une hausse des prix de 85 % sur l’année 1998, la population a vu son revenu réel diminuer à nouveau en 1999. Le salaire mensuel a baissé et en décembre, le Russe moyen ne recevait plus que l’équivalent de 67 dollars contre 74 dollars un an auparavant, selon les chiffres du ministère de l’Économie cités hier par l’agence Interfax. Le niveau minimum de subsistance était évalué à 980 roubles (38 dollars), mais le ministère estime à 50 millions le nombre de personnes dont le revenu est inférieur à ce seuil, soit 35 % de la population. Un an plus tôt, elles étaient dix millions de moins. La retraite minimum versée en décembre est elle-même largement inférieure au seuil de subsistance, à 361 roubles : une somme dérisoire quand on sait que le «panier vital de la ménagère» (mensuel) revenait en décembre à 564 roubles (21 dollars). En Extrême-Orient, les habitants de Magadan ou de la presqu’île du Kamtchatka devaient même débourser plus de 900 roubles pour s’offrir ce panier, composé de 25 produits alimentaires «de base» : légumes et pommes de terre, sucre, lait, volaille, farine, etc. L’ensemble du système social russe reste à restructurer, alors que de multiples allocations, issues du système soviétique, demeurent en place, mais ne sont pas orientées spécifiquement vers les couches les plus démunies de la population. «Pour survivre, il faut cumuler les petits boulots ou fouiller dans les poubelles», explique Valentina, une retraitée de 61 ans, qui reconnaît sa «chance d’être en bonne santé». Le président par intérim Vladimir Poutine, qui brigue la succession de Boris Eltsine, a annoncé hier une hausse de 20 % de toutes les retraites – non réévaluées depuis des mois – au 1er février. Son prédécesseur au Kremlin avait promis 12 %. La situation pourrait encore s’assombrir si la Russie ne parvenait pas à renouer des relations avec les grandes institutions internationales et devait trouver chez elle les ressources nécessaires à toutes ses dépenses. Les analystes redoutent une reprise de l’inflation qui toucherait le porte-monnaie des Russes.
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