Faute de pouvoir identifier le pays d’origine de certains timbres, les philatélistes les rangent souvent dans une enveloppe portant l’inscription «À classer». Les inscriptions qui devraient vous permettre d’identifier leur origine, rédigées dans d’étranges alphabets (cyrillique, grec, arménien, etc.) vous laissent pantois. Malgré la fermeté des directives de l’Union postale universelle (UPU.), un certain nombre d’administrations postales émettrices s’obstinent à ne pas les suivre, ce qui n’enlève rien à la valeur ou à la beauté de leurs timbres mais les rend absolument illisibles pour nos jeunes philatélistes. Parfois, les noms de certains pays ont un air de famille et vous les confondez entre la Barbade et l’île Barbuda, ou encore la Dominique et la République dominicaine. Il y a aussi des États qui ont changé de nom plus que de raison et dont les catalogues philatéliques spécialisés ont du mal à suivre toutes les mutations. Par le biais de cet article, nous allons vous aidez à reconnaître tous vos timbres modernes, même si leurs «libellés» sont illisibles. 3UUSUU : Depuis son annexion en 1923, ce pays n’avait plus émis de timbres, mais les 400 000 Arméniens du Liban auront reconnu la langue de leurs ancêtres, le grabar, dont l’étrange alphabet a été fixé au IVe siècle. La mention «Arménia» en caractères latins permet d’identifier sans peine l’Arménie. AZ RBAYCAN : Après soixante-neuf ans d’éclipse, les Azéris ont recommencé à émettre des timbres exclusivement «libellés» dans leur alphabet, curieux mélange de caractères latins et cyrilliques. Mais la difficulté n’est pas incontournable puisque, par un hasard heureux, des lettres majuscules de cet alphabet – les A, Z et R – ressemblent aux nôtres et finissent par nous révéler qu’il s’agit du mythique Azerbaïdjan. BELARUS : La difficulté semble insurmontable. En cyrillique ou dans sa transcription latine, «Belarus» ne dira rien à la plupart des phalatélistes, ce pays n’ayant pas émis de timbres avant 1992. En revanche, les amateurs d’histoire et de ruses diplomatiques se souviendront que Staline avait obtenu en 1945 que l’URSS ait trois voix à l’Onu. L’une d’elles était celle d’un pays alors fictif que nos atlas désignent sous le nom de Biélorussie. BOSNA I HERCEGOVINA (Republika) : Impossible, sous les projecteurs de l’actualité, d’ignorer le sort de l’ex-Yougoslavie et de ses nationalités qui ont proclamé leur indépendance entre 1990 et 1992. À la fin des année 95, des timbres sur lesquels on lit, en caractères latins, «Republika Bosna I Hercegovina» ont été imprimés en Slovénie. Sachez qu’il s’agit d’une émission de la République de Bosnie-Herzégovine. HP...N (renversé) R : Ignorant les recommandations de l’UPU qui exige la transcription en caractères latins de tous les alphabets, l’administration postale bulgare ne facilitait pas la tâche des collectionneurs qui auraient souhaité identifier ces timbres plus facilement. 1988, année de la chute de Todor Jivko et prélude à la libéralisation du régime, la mention «Bulgaria» fut apposée systématiquement, délivrant une carte d’identité aux 4 000 timbres de Bulgarie. CABO VERDE : Avec les langues romanes, en principe, le philatéliste n’a aucune difficulté à détecter l’origine d’un timbre. Un petit sondage nous a pourtant révélé que «Cabo Verde» n’était pas synonyme pour tout le monde d’une ancienne colonie portugaise, indépendante depuis 1975 et émettrice depuis 1877, le Cap-Vert. CCCP : Entre 1923 et 1991, plus de 5 689 timbres émis avec la mention «Pochta CCCP» ont servi de support à l’idéologie, qui se voulait révolutionnaire et universelle de l’URSS. CESKA REPUBLIKA : Cette jeune nation fondée en novembre 1992 nous a habitués à de très beaux timbres gravés en taille-douce, très souvent consacrés aux beaux-arts et portant la mention «ceska Republika», que les catalogues et dictionnaires français traduisent par République tchèque. DDR : L’Allemagne orientale depuis 1965 se contentait d’émettre des timbres portant les trois initiales DDR du mot «Deutsche Democratische Republik», à savoir République démocratique allemande. DOMINICA (Commonwealth of) : Un jour de 1493, Christophe Colomb découvrit une île des petites Antilles. Comme c’était un dimanche, le navigateur l’appela «Dominica», nom qui lui a été conservé par les Anglais lorsqu’elle était une colonie britannique. Tandis que les Français qui l’ont eux aussi occupée la dénomment Dominique. DOMINICANA (Republica) : Une petite syllabe de plus et l’on se retrouve dans les grandes Antilles, à l’est de Haïti, dans l’ancienne partie espagnole de Saint-Dominique devenue, en 1809, la République dominicaine. ECUADOR (Correos del) : Encore un territoire du vaste empire espagnol qui peut prêter à confusion. On identifie les émissions de cet État, qui s’est détaché de la confédération des États-Unis de Colombie en 1831, à la mention «Correos del Ecuador», c’est-à-dire Postes de l’Équateur. EESTI : Molotov et Ribbentrop, les ministres des Affaires étrangères de Staline et Hitler, avaient signé en 1939 un protocole secret prévoyant l’annexion des Pays baltes par les Soviétiques. Avant la formation des autres Républiques baltes, dès 1988, ces pays proclamaient leur indépendance. Des mesures symboliques furent appliquées par les trois administrations : abandon de l’écriture cyrillique, du drapeau rouge et impression du mot «Eesti», Estonie. EIRE : Même privée de sa province d’Ulster encore occupée par les Britanniques après son indépendance en 1922, l’île verte se définit en un mot gaélique «EIRE» inscrit sur les timbres. Avant son indépendance, les Anglais l’avaient interpelée «Ireland» et les Français tranduisirent en «Irlande». HELLAS ou AHMOKPATIA : Jusqu’en 1981, l’administration postale hellénique faisait figurer sur ses timbres les mots HELLAS. Depuis 1982, les choses se sont encore compliquées puis les philatélistes doivent déchiffrer ...AHMOKPATIA. Il est tout à fait légitime que le pays qui a inventé le mot et le régime politique se définisse par les termes de «Démocratie hellénique». Rappelons que depuis plus de 4 000 ans, ce pays se nomme Hellas et qu’il n’y a que quelques siècles que nous l’appelons la Grèce. GRUZIJA : Ce mot est à l’origine de beaucoup d’histoires. En 1992, quelques timbres seulement circulèrent avec cette transcription, en caractères latins, du mot russe qui veut dire la Géorgie. HR HERCEG BOSNA : Si vous rencontrez cette mention précédée d’un petit écusson à damiers rouge et blanc, comme les blouses des joueurs de football vainqueurs de la troisième place au dernier Mondial, sachez qu’il s’agit bien sûr des Croates. Les deux premières lettres «HR» sont les deux premières de «Hrvatska». Les deux mots qui suivent «Herceg Bosna» permettent de reconnaître sans peine l’Herzégovine et la Bosnie. L’ensemble du texte indique que vous venez de tomber sur un timbre-poste de la Bosnie-Herzégovine croate. JAMAHIRIYA : Ce mot arabe, transcrit selon la phonétique anglaise, est plutôt déconcertant. Les Français l’écrivent «Djamahiriyya» et le traduisent par «République», heureusement le pays émetteur ajoute «Socialist people’s Libyan Arab». Il s’agit de la Libye. SOOMAALIYA : Les Romains appelaient ce pays la «terre des Aromates» ; il a d’ailleurs changé à plusieurs reprises son nom. Après la «Somalia italiana» (1906-1960), le pays devenu indépendant s’est appelé successivement «Somalia», «Somali Democratic Républic» et, de 1973 à 1991, «Jumahiriya Dimocratic Soomalyeed», terme qui correspond à la période communiste de la démocratie populaire de Somalie. Le dernier changement toujours en vigueur est celui de «Jumahiriya Soomaliya», version plus islamiste de la Somalie. Dans notre prochain article, nous vous aiderons à reconnaître les émissions de timbres en provenance de tous les pays commençant par la lettre K jusqu’à Z. Bruno ZOSIMO
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