Après quatre mois de suspense et le feu vert in extremis de la Commission européenne, le groupe Canal+ va finalement pouvoir fusionner avec Vivendi et Universal, au prix du renoncement à l’exclusivité des films Universal pendant cinq ans pour ses chaînes à péage. La Commission européenne redoutait un renforcement de la position dominante de Canal+ en matière de production et de diffusion de films, et Vivendi a dû s’engager, pendant 5 ans, à ouvrir aux chaînes concurrentes l’accès en «première fenêtre» à 50 % de la production annuelle du studio américain. «Cela veut dire que sur une douzaine de films produits chaque année par le studio, six pourront éventuellement être achetés par des chaînes concurrentes», a déclaré le PDG de Canal+ Pierre Lescure, en marge de la conférence de presse organisée par Vivendi Universal après le feu vert de la Commission. «Cela signifie surtout que ça ne diminue pas du moindre dollar, du moindre euro ou du moindre centime la valeur du titre Canal+». D’ailleurs, si c’était le cas, nous n’aurions pas accepté, a ajouté M. Lescure, qui présidera aux destinées du groupe de chaînes à péage et de l’activité cinéma du futur géant de la communication. D’autant que l’accord qui lie déjà Canal+ à Universal «court encore jusqu’en 2002 ou 2003 selon les pays, et que l’engagement que nous avons pris auprès de la Commission ne débutera qu’ensuite». En d’autres termes, Canal+ n’aura pas à partager la première diffusion de succès comme Gladiator ou Erin Brokovitch. «Et même pendant ces cinq ans, dans tous les pays où nous sommes présents, nous resterons largement leader dans la diffusion des films américains», a ajouté M. Lescure. Le Groupe Canal+ va donc désormais pouvoir se couler dans le mastodonte de la communication que sera Vivendi Universal. Les rebondissements n’ont pas manqué en quatre mois, venant parfois de là où on ne les attendait pas. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avait ainsi obligé Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi, et Pierre Lescure à revoir le montage de l’absorption de la chaîne à péage française, que la loi empêche, comme toute chaîne hertzienne, d’être détenue à plus de 49 % par un même actionnaire. Après quelques ajustements de taille, notamment le retour dans le giron de la chaîne de son parc d’abonnés, que Vivendi pensait dans un premier temps récupérer, le CSA avait fini par donner son accord, tout en déclarant «rester très attentif» à la suite des développements du groupe. Les relations entre Jean-Marie Messier et Pierre Lescure se sont ensuite tendues quelque peu, notamment autour du développement de l’Internet dans le futur groupe. M. Lescure a tenu vendredi à balayer ces «discussions» en affirmant que «jamais» il n’aurait pensé «devenir à ce point intime» avec M. Messier. «La dynamique a été exemplaire». Reste à savoir quelle sera la place réelle de la chaîne française, qui se plaît à revendiquer son indépendance de ton et d’esprit, dans une entreprise colossale qui pourrait bien ressembler à la «World Company» tant décriée par «Les Guignols».
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