Le pilier européen de défense doit être «coordonné mais indépendant» par rapport à l’Otan, a déclaré jeudi le président français Jacques Chirac, en réponse aux inquiétudes des États-Unis sur les risques de «découplage». Les dirigeants européens doivent adopter aujourd’hui une déclaration sur la politique européenne de défense, qui énumérera les progrès réalisés vers la création, en 2003, d’une force de réaction rapide de 60 000 hommes pour mener des missions de maintien de la paix, éventuellement sans les États-Unis. Le secrétaire américain à la Défense, William Cohen, a exhorté mardi ses partenaires européens à ne pas faire de l’Otan une «relique» en dissociant leur projet de l’Alliance. Cette inquiétude est notamment due au fait que l’UE entend maintenir une totale autonomie de décision dans le cadre d’une opération, même si elle est menée avec des moyens de l’Otan. «Personne en Europe ne conteste le principe et l’importance de l’Alliance atlantique», a expliqué Jacques Chirac, lors d’une conférence de presse en marge du sommet européen de Nice. «Il apparaît clairement que, si l’Europe doit, pour des raisons qui lui appartiennent, intervenir dans des conditions où les Américains ne seraient pas concernés, il faut qu’elle ait les moyens de le faire, d’où l’idée d’une Europe de la défense qui n’est pas du tout de nature à affaiblir l’Alliance, naturellement, mais au contraire à la renforcer», a-t-il ajouté. Le président français a toutefois poursuivi, en utilisant des termes qui risquent d’inquiéter quelque peu à Washington, où l’on craint surtout que les Européens créent une nouvelle instance de planification séparée de l’Alliance. «Cette Europe de la défense doit être naturellement coordonnée avec l’Alliance mais elle doit, pour ce qui concerne son élaboration et sa mise en œuvre, être indépendante par rapport au Shape (le commandement intégré de l’Otan). Coordonnée mais indépendante», a-t-il dit. «Donc il n’y a pas lieu de s’inquiéter, mais l’Europe est déterminée à apporter sa propre contribution à sa propre sécurité», a-t-il conclu. Ces propos devraient nourrir le débat qu’auront le 14 décembre prochain les ministres des Affaires étrangères de l’Otan, qui doivent se prononcer sur l’articulation entre l’Alliance et la nouvelle force de réaction rapide. Les dirigeants européens avaient décidé en décembre 1999 de créer d’ici à 2003 une force de réaction rapide de quelque 60 000 hommes capable de se déployer en 60 jours pour une opération de maintien de la paix d’une durée d’un an. Lors d’une conférence d’engagement des forces qui a eu lieu le 20 novembre à Bruxelles, les Quinze se sont engagés à fournir un «réservoir» de 100 000 hommes, de 400 avions de combat et de 100 navires de guerre dans lesquels on pourra puiser. Le rapport adopté à Nice insistera sur le fait qu’il faut désormais combler les lacunes, notamment en matière de transport stratégique, qui ont été illustrées pendant la guerre du Kosovo. Il entérinera la transformation en instances permanentes des organes politico-militaires intérimaires de l’UE. Ces organes, qui devront être opérationnels avant l’été 2001, sont le Comité politique et de sécurité (Cops, composé des ambassadeurs des Quinze), un comité militaire et un état-major d’une centaine de personnes.
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