L’échec mercredi du vol inaugural de l’Ariane 5 « 10 tonnes », la version plus performante du lanceur européen Ariane 5 qui emportait deux satellites, pourrait compromettre la position dominante d’Arianespace sur le marché des satellites commerciaux. Dans l’immédiat, le programme sur lequel elle entendait centrer son activité pour la prochaine décennie, la fusée Ariane 5 nouvelle génération, capable d’emporter deux voire trois charges utiles, devrait prendre plusieurs mois de retard, au moment où la concurrence se place pour lui ravir des marchés. Mercredi soir, la fusée Ariane 5 ECA qui devait mettre sur orbite les satellites Hot Bird Tm7 pour Eutelsat et Stentor pour le compte du CNES, avait décollé normalement du centre spatial guyanais de Kourou. « Trois minutes après le décollage, une anomalie est apparue et la mission s’est arrêtée de façon prématurée », a déclaré Jean Yves Le Gall, directeur général d’Arianespace. L’Europe spatiale plaçait beaucoup d’espoir en cette mission qui aurait placé Arianespace dans la compétition qui s’annonce très rude entre lanceurs du futur, quelques jours à peine après ses concurrents américains. Après une parenthèse où la priorité a été accordée à la navette au détriment du marché de l’orbite géostationnaire, les Américains font en effet un retour en force sur le marché des lanceurs traditionnels et se positionnent aujourd’hui sur la totalité des segments du marché. De surcroît, ces concurrents d’Ariane bénéficient d’un environnement très favorable et d’une « sécurité » de taille, dans la mesure où 70 % du plan de charge des lanceurs américains est rempli par des programmes gouvernementaux, contre 10 % seulement pour Arianespace. Dans la perspective d’un redémarrage du marché des satellites de télécommunications à l’horizon 2005-2006, après le marasme consécutif à l’effondrement dans le secteur des télécommunications fin 2001, la période 2005-06 sera marquée par un renouvellement des satellites, mais aussi une concurrence frontale sans merci. Alors qu’Arianespace, qui a annoncé un plan de réorganisation dans l’espoir de « sortir du rouge » fin 2003, n’a pu tenir sa promesse avec cette mission 157 d’une importance déterminante pour son avenir, les Américains viennent de marquer deux points sur le marché des nouveaux lanceurs et sur le « terrain » d’Ariane 5. La fusée Atlas 5 de Lockheed Martin a fait son premier vol le 21 Août et la Delta-4 de Boeing le 16 novembre. Une surcapacité de l’offre et une saturation du marché sont à craindre, alors même que le nombre de satellites privés est en stagnation : entre Arianespace avec Ariane 5 « 10 tonnes », ILS avec Atlas et Proton, Boeing avec Sea Launch et Delta-4, ce sont au moins cinq lanceurs lourds qui se présentent sur le marché des lancements commerciaux, sans compter les Japonais avec H-2A. D’où l’impératif de compétitivité pour Arianespace, dont l’activité est consacrée à 80 % aux lancements commerciaux civils. À ce jour, les carnets de commande d’Arianespace sont remplis pour les deux annnées et demie à venir, et ses responsables estiment qu’un rythme de 6 tirs par an lui sont nécessaires pour rester profitable. Arianespace, qui après 2 derniers tirs va arrêter l’exploitation d’Ariane 4 en février 2003, a opté pour une politique de configuration unique et évolutive du lanceur Ariane 5. Elle a fait le pari des lancements multiples (double voire triple), ce qui pour les clients représente une baisse sensible du ticket de vol. Pour 2003, Arianespace avait prévu trois lancements ECA sur six tirs d’Ariane 5. En 2004, il devait y en avoir cinq sur sept, et à partir de 2005, tous les tirs devaient se faire avec l’ECA. Pour sa part Boeing prévoit de lancer 5 Delta-4 l’an prochain et autant en 2004. À l’horizon 2006, était prévue l’arrivée de la version plus évoluée de l’Ariane 5, l’ECB réallumable (d’une capacité de 12 tonnes en lancement double). C’est à la même époque qu’est attendue la Delta-4 « Heavy » d’une capacité de 13,1 tonnes (2 satellites de 6 tonnes en orbite géostationnaire).
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