Le « sextasy », un mélange de Viagra et d’ecstasy, est devenu l’un des cocktails explosifs les plus populaires dans les rave-parties d’Amérique du Nord où elles permettent aux fêtards de cumuler les plaisirs. Cette tendance inquiète police et médecins qui ont souligné les risques pour la santé de ces combinaisons médicaments drogues , lors d’un Forum international sur les drogues et les dépendances, cette semaine à Montréal. L’équation est simple : la MDMA, plus connue sous le nom d’ecstasy, donne une énergie d’enfer, aiguise l’excitation et décuple les sensations. Mais cette drogue a tendance à bloquer aussi le système cardio-vasculaire, ce qui empêche l’homme d’avoir une érection. Pour compenser, les consommateurs avalent du Viagra, le remède contre l’impuissance masculine. La vente de ce médicament est réglementée, mais la petite pilule bleue s’achète facilement sur le marché noir. Avec ce cocktail dans l’estomac, sous les néons et au rythme de la musique techno, les «ravers» peuvent entamer un marathon festif mêlant danse et sexe, une pratique qui a surgi d’abord dans la communauté homosexuelle, selon la police. Si la combinaison de ces deux produits chimiques peut faciliter les overdoses et multiplier les effets secondaires, son effet le plus visible est d’accentuer les comportements à risque. À Vancouver (ouest du Canada) et dans d’autres villes de la côte pacifique américaine, les spécialistes s’inquiètent de la progression du nombre de séropositifs, qui serait reliée à des relations sexuelles non protégées. Comportements risqués « Ces drogues réduisent votre capacité de jugement tout en vous donnant des sensations agréables, et les consommateurs ont des comportements très risqués », explique le policier Scott Rindoul, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), conférencier au forum sur les drogues de Montréal. Mais le « sextasy » n’est qu’un des multiples cocktails de drogues de synthèse désormais offerts, pour vingt dollars environ, dans le milieu underground des rave-parties. Depuis cinq ans qu’il étudie de près le marché sur la côte ouest, ce policier a vu passer toutes sortes de recettes. « Au départ, on trouvait des mélanges d’ecstasy et d’éphédrine, ou d’ecstasy et de caféine, la drogue était coupée avec des produits bon marché. Mais aujourd’hui cela va bien au-delà », assure-t-il. La division des drogues de la GRC a fait analyser des centaines de petites pilules d’ecstasy, qui ont été saisies cette année. Sous leur aspect souvent ludique avec leur effigie de Harry Potter, leur sigle du dollar, ou leur logo de marques célèbres, se cachaient des combinaisons à base de méthamphétamine, une drogue qui maintient la stimulation, ou de kétamine, un hallucinogène puissant très populaire en Asie et qui a débarqué massivement sur la côte ouest avec l’immigration chinoise. La police a aussi découvert de savants dosages avec des champignons hallucinogènes, appelés « hippy flipping », ou du LSD, les « candy flipping ». Les jeunes fêtards « ont leur véritable pharmacie, prennent des cocktails de produits pour gérer les effets de l’ecstasy et savoir en anticiper la fin », explique la psychologue française Isabelle Varescon, qui a mené une recherche sur les consommateurs de drogue en milieu festif. Selon elle, outre le risque d’overdose, une consommation régulière peut provoquer des troubles de la connaissance et un état d’anxiété généralisé. Aussi, plusieurs consommateurs de ces pilules se sont mis à prendre du Prozac ou autres antidépresseurs, croyant annihiler les effets de l’ecstasy au niveau du cerveau. Un jeu d’apprenti chimiste que les spécialistes réunis à Montréal comparent à la roulette russe.
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