WASHINGTON-Irène MOSALLI L’an dernier, le monde de l’art braquait ses feux sur l’artiste florentine Artémisia Gentileschi (XVIIe siècle) dont on estimait le talent insuffisamment connu. Aujourd’hui, on rend son dû à une autre femme peintre, française celle-ci et ayant vécu au XVIIe siècle : Anne Vallayer-Coster. La National Gallery of Art à Washington lui a consacré une rétrospective, la première du genre, qui dévoile sa virtuosité en matière de natures mortes. Anne Vallayer-Coster (1744-1818) avait brillé en son temps avant de tomber dans l’oubli. Elle avait connu la célébrité très jeune, à 26 ans, lorsqu’elle avait été admise à l’Académie royale (en 1770). La même année, la revue Mercure de France lui avait ainsi rendu hommage : « Malgré le désavantage d’être femme dans ce domaine, elle a élevé l’art de représenter la nature à un haut degré de perfection qui enchante et qui surprend. » Commentant le Salon de la peinture en 1771, l’encyclopédiste Diderot écrit : « Si tous les membres de l’Académie royale faisaient une performance pareille à celle de Mademoiselle Vallayer et conservaient la même qualité, le Salon serait bien différent. » Création libre et indépendante Frappée et intéressée par cette réussite fulgurante, la reine Marie-Antoinette avait invité l’artiste à travailler au château de Versailles. Le titre de peintre de cour n’a pas empêché Anne Vallayer-Coster de continuer à s’adonner à la création libre et indépendante. Suivant sa seule inspiration, elle a développé un style qui s’est imposé. Pour beaucoup, elle a été l’égale de Jean Siméon Chardin. Elle a su jouer l’audace dans la couleur, équilibrant avec aisance et harmonie les teintes vivaces. Elle est réputée pour ses compositions florales : notamment, Bouquet de fleurs dans un vase de porcelaine bleue, Vase de fleurs et prunes sur une table de marbre. Ce dernier tableau avait servi de modèle à une tapisserie de Gobelins. Elle a aussi excellé dans la mise en scène des créatures de la mer (Coquillages et coraux et Homard ) qu’elle a traitées dans une palette de rouges et de roses. Ses toiles ont enthousiasmé ses contemporains qui s’en sont fait acquéreurs. Parmi eux, le prince de Conti, le financier Beaujon, le marquis de Véri- Raionard et l’abbé Terray. Puis elle est tombée dans l’oubli. En 1970, elle refait surface dans une monographie de Marianne Roland Michel, une experte du XVIIIe siècle. Puis, il y a dix ans, le musée du Louvre a acquis une de ses natures mortes intitulée Coquillages et Corail (1769). Plus tard, le musée de Dallas s’est enrichi de deux de ses œuvres qui avaient été exposées au Salon de 1777. C’est ce même musée qui vient de mettre sur pied cette rétrospective qu’il accueillera après Washington et jusqu’en janvier prochain et que l’on retrouvera ensuite à la Frick Collection, à New York. À noter qu’un des critiques d’art du Washington Post a pour sa part décelé dans cette « peinture » un vocabulaire érotique. « Vous pensez, dit-il, que ma réaction est celle d’un critique à l’imagination surchauffée. Pourquoi ne serait-ce plutôt pas les élans inconsciemment réprimés de l’artiste ? » Il conforte son argument en particulier sur une toile intitulée Faune et enfants qui est interprétée en trompe-l’œil comme un bas-relief et où le faune devient une femme au buste nu. Toujours est-il qu’Anne Vallayer-Coster est de la lignée des grands. Son don s’est développé dans un environnement propice à son plein épanouissement. Elle a passé son enfance dans les ateliers des Gobelins où son père était forgeron. Sa mère était un peintre de miniatures accompli et elle-même a étudié avec le paysagiste Claude-Joseph Vernet. Et elle a une autre corde à son arc : l’art du portrait. Tous ceux qu’elle a réalisés, ceux de Marie-Antoinette et de Louis XVI, sont restés introuvables. L’exposition qui lui est actuellement consacrée donne à voir le sien, portant la signature d’Alexandre Roslin.
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