« Où sont les un million et deux cent mille vacanciers promis par le ministère du Tourisme ? On ne les voit pas », lancent, dans leur majorité, les commerçants de Broummana. S’ils sont bel et bien là, les touristes du Golfe, comme les années précédentes, ils ne sont certes pas aussi nombreux que l’a annoncé le gouvernement. C’est une déception teintée d’amertume qu’affichent un grand nombre de commerçants du village, en cette fin de saison estivale. Dénonçant la cherté des locations qui font fuir les touristes, ils déplorent l’inexistence de la moindre association les regroupant et montrent du doigt la municipalité qu’ils accusent de se désintéresser de leur sort. Si les restaurateurs s’avouent, eux aussi, affectés par la baisse, à moindre échelle, la saison a été bonne pour les propriétaires qui ont loué, à prix d’or, leurs appartements. Travaillant au ralenti durant la journée, c’est plutôt en fin d’après-midi que les magasins de Broummana accueillent le gros de leur clientèle, constituée à 50 % de ressortissants arabes. Certains, et pour s’adapter au rythme des touristes, ont pris l’initiative personnelle de prolonger leurs horaires d’ouverture jusqu’à 22 heures, en ces mois de soldes. Mais peine perdue, cette mesure ne semble pas avoir amélioré les ventes et bon nombre de commerçants de la petite station estivale, à quelques exceptions près, expriment leur mécontentement. Ils avaient rêvé d’une saison exceptionnelle, à l’image des années 1994 à 1996, après ces nombreuses années de vache maigre, mais ils ont dû se rendre à l’évidence : la saison sera moins bonne cette année ou au mieux, équivalente à l’année passée. Certes, les chiffres varient d’un point de vente à un autre. Dans certains secteurs, comme dans la chaussure importée, la lingerie ou l’habillement de fabrication locale, la baisse est respectivement de 75 et de 50 % et ressentie par les gérants des points de vente comme étant catastrophique. Quant aux chiffres de vente du prêt à porter, notamment le vêtement haut de gamme ou l’unisex importé, ils avoisinent ceux de l’année passée dans différents magasins, marquants néanmoins une baisse de 10 à 20 %. Des commerçants qui ferment boutique Conscients que quelque chose ne tourne pas rond à Broummana, les commerçants ne parviennent pas pour autant à cerner le problème. Mais partout, les mêmes constatations, les mêmes rengaines. « Les touristes arabes ont déserté Broummana pour Bhamdoun et Aley, qui leur offrent des prix nettement plus avantageux, alors que notre village est fiché cher et que la clientèle libanaise ne peut désormais se permettre que d’acheter l’essentiel. » Ils déplorent, de plus, les loyers élevés, l’incapacité des commerçants à élire leur propre association, mais aussi la « léthargie dans laquelle est plongée la municipalité qui privilégie certains commerçants au détriment d’autres, alors qu’elle a majoré les taxes municipales ». Il faut réagir, certes, mais comment ? Les mêmes questions fusent, ça et là, alors qu’aucune solution ne pointe à l’horizon. Et pourtant, certains commerçants semblent être au bout du rouleau, tandis que d’autres ont définitivement fermé boutique. Du côté des restaurateurs, si la baisse de fréquentation est quasi générale, estimée entre 20 et 50 %, elle est différemment perçue par chacun. Les fast food et cafés trottoirs pour jeunes, dénoncent, eux aussi, la cherté des loyers dans le village, qui décourage les touristes arabes. « L’année passée, on ne trouvait pas une chaise où s’asseoir, alors que cette année, nous ne sommes pleins qu’en week-end. Les vacanciers préfèrent aller à Bhamdoun ou même en Syrie. Là-bas, la vie est moins chère », entend-on dire. Se plaignant, par ailleurs du manque de parkings dans le village, ils regrettent de devoir louer, à prix d’or, des parkings privés. Quant à la musique, elle représente la pomme de discorde de ce paisible village. « Pourquoi la municipalité donne-t-elle le droit à certains restaurants d’utiliser les talents de chanteurs et de mettre de la musique à tue tête, alors que d’autres se voient interdire ce droit ? » demande un restaurateur frustré, ajoutant qu’un restaurant libanais n’offrant aucune ambiance ne peut prétendre en concurrencer un autre dont les soirées sont animées. Et de pointer du doigt dans la direction d’un restaurant qui avait pignon sur rue et qui a prématurément fermé ses portes, pour ces mêmes raisons. Les appartements de luxe loués à prix d’or Dans les cafés trottoirs et restaurants où les touristes vont dîner, le soir, en famille ou entre amis, si la saison a été bonne et les cafés souvent noirs de monde, grâce à l’ambiance spéciale de Broummana, selon les dires des restaurateurs, ils n’étaient jamais complets au point de refuser du monde, comme il était de mise l’année passée. De plus, la dépense moyenne par personne a sensiblement diminué. « On ne peut plus imposer un mezzé ou un menu à la clientèle », explique le patron d’un café, remarquant que celle-ci choisit elle-même ses plats. Et d’ajouter que les étrangers sont généralement plus regardant que la clientèle du pays. Etrangement, la baisse de fréquentation des restaurants et des commerces de Broummana ne semble pas avoir affecté le secteur des locations immobilières. En effet, explique un agent immobilier du village, le mois d’août a été excellent et de nombreux touristes du Golfe ont loué des appartements pour une semaine ou un mois. « Certes, précise-t-il, 90 % des familles arabes, qui sont généralement composées d’au moins huit personnes, recherchent des maisons vastes, luxueuses, propres et entièrement meublées ». « De plus, observe-t-il, ces touristes exigent que les appartements soient équipées de téléviseurs, de chaînes satellites, d’électricité permanente, mais aussi de climatiseurs, car ils craignent par-dessus tout les moustiques ». Et d’ajouter par ailleurs qu’une belle vue, un quartier agréable et propre sont des atouts non négligeables. Mais un nombre limité d’appartements présentent les qualifications requises au Liban. C’est la raison pour laquelle les prix sont souvent élevés durant la pleine saison, atteignant une moyenne de 3 000 dollars par mois. D’ailleurs, il note que 80 % des appartements proposés à la location ont été loués durant cette saison. Il en a été de même pour les appartements meublés de standing moyen, qui ont généralement travaillé à 60 % de leur capacité. « Mais un mois de travail par an ne suffit pas à rentabiliser toute une année », constate le propriétaire d’un centre d’appartements meublés qui insiste sur l’urgence pour Broummana de réagir, au risque de perdre définitivement sa clientèle. A.-M. H.
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