Le président américain George W. Bush sera le grand absent du sommet de la Terre à Johannesburg, où les États-Unis pourraient faire figure de bouc émissaire en cas d’échec. La dernière réunion préparatoire du sommet à Bali (Indonésie), fin juin, s’était terminée sur un échec patent, mis par certaines délégations sur le compte des États-Unis. Depuis, des tractations informelles ont permis d’avancer, mais nombre de questions cruciales restent en suspens. Alors que près d’une centaine de chefs d’État ou de gouvernement ont annoncé leur venue, la Maison-Blanche a exclu celle de M. Bush, dont la première visite en Afrique aura lieu l’an prochain. C’est le secrétaire d’État Colin Powell qui conduira la délégation américaine, et le chef de la diplomatie américaine ne participera qu’aux deux derniers jours du sommet. Dix ans après le premier sommet de la Terre, de Rio de Janeiro, les pays du Sud attendent de ce second rendez-vous des résultats concrets, avec la fixation de nouveaux objectifs de réduction de la faim et de la pauvreté dans le monde, une meilleure protection des ressources naturelles, des garanties de financement de ces objectifs, et l’assurance de toucher aussi les dividendes de la mondialisation. La conférence préparatoire de Bali n’a pu combler les désaccords apparus sur ces points entre Américains et Européens et pays en développement (PVD). Washington risque aussi de se retrouver le dos au mur en matière d’environnement et notamment de lutte contre le réchauffement climatique. Le Sierra Club, l’une des principales organisations écologistes américaines, a reproché à l’Administration Bush d’avoir, à Bali, « bloqué toute tentative de protéger l’environnement de la planète, en préconisant des approches favorisant les grosses entreprises et non les milliards d’hommes qui doivent faire face à des crises écologiques ». À Johannesburg, les États-Unis défendront leur credo libéral et soutiendront que seul le libéralisme économique et l’ouverture des marchés peuvent conduire à une croissance durable, ce qu’ils avaient déjà affirmé lors du sommet de l’Onu sur le développement au printemps dernier à Monterrey (Mexique). M. Bush avait annoncé une augmentation très sensible de l’assistance annuelle américaine au développement, qui doit passer de 10 à 15 milliards de dollars par an. Mais l’essentiel du nouvel effort américain ira aux pays acceptant de suivre les préceptes politico-économiques dictés par Washington. Il portera essentiellement sur quatre secteurs : éducation, santé et lutte contre le sida, agriculture, commerce et investissements. Lors d’une récente conférence diplomatique à Washington, M. Powell a souligné que les États-Unis tenaient beaucoup à faire un succès du sommet de Johannesburg. Le développement durable, avait-il souligné, est « un impératif de sécurité, la pauvreté, la dégradation de l’environnement et le désespoir détruisant peuples, sociétés et nations sont une cause d’instabilité (...) pouvant déstabiliser des régions entières ». Washington, avait-il dit, fera passer deux autres messages : - Il appartient aux pays pauvres eux-mêmes de faire les premiers pas chez eux en mettant en place des « politiques saines s’appuyant sur une bonne gestion gouvernementale ». - « Gouvernements, sociétés civiles et secteur privé doivent œuvrer en partenariat pour mobiliser les ressources du développement, encourager la productivité et créer un climat favorable à une croissance durable ». Mais, a-t-il prévenu à l’adresse de tous ceux attendant des résultats miracles, « le développement durable n’est pas un sprint, c’est un marathon (...) et il nécessitera des efforts allant bien au-delà du sommet de Johannesburg ».
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