Genève est le théâtre d’un ballet diplomatique autour du roi Fahd d’Arabie saoudite, qui y séjourne depuis mai pour soigner un état de santé dégradé, alors qu’à Ryad le projet américain de renverser le président irakien Saddam Hussein ne fait pas l’unanimité, relèvent experts et diplomates. « La succession du roi Fahd est ouverte pour au moins deux raisons : le mauvais état de santé du roi et la mauvaise humeur des États-Unis face aux réticences du prince héritier Abdallah (assurant de facto le pouvoir) à propos de l’Irak », explique Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), rattaché à l’Université de Genève. Depuis son arrivée au bord du lac Léman, le 20 mai dernier, le roi Fahd, âgé de 81 ans, s’est installé dans son palais de 17 000 m2 dans la banlieue chic de Genève. Il doit se rendre « prochainement » dans la station balnéaire espagnole de Marbella, a-t-on appris hier dans son entourage. Ni la date exacte du départ de Genève du souverain saoudien ni la durée prévue de son séjour à Marbella n’ont été précisées de même source. Après une embolie cérébrale en 1995, qui l’a écarté du pouvoir au profit de son demi-frère, le prince héritier Abdallah, 74 ans, le roi vient de subir deux opérations aux yeux dans un hôpital public genevois. Le roi Fahd, qui ne se déplace plus qu’en chaise roulante, souffrirait également d’arthrite, de diabète et de douleurs au genou. Des sources saoudiennes citées par le journal Tribune de Genève le disent en outre affecté par la maladie d’Alzheimer, une dégénérescence cérébrale. Pour autant, dans sa nouvelle résidence genevoise, le roi du plus riche État pétrolier de la planète, recelant plus de 30 % des réserves mondiales d’« or noir » du globe, continue de recevoir nombre de ses pairs et autres chefs d’État. Ainsi, le roi du Maroc Mohammed VI, son homologue de Jordanie Abdallah II, le président égyptien Hosni Moubarak et plusieurs émirs du Golfe ont rendu visite au souverain saoudien. À ces visites, s’ajoutent d’autres beaucoup plus discrètes de personnalités arabes ou occidentales, précise-t-on de sources diplomatiques à Genève. Parmi elles figurent le prince Sultan, ministre de la Défense depuis 1962, un proaméricain âgé de 73 ans et membre du clan soudayri, Salman, 68 ans, émir de Ryad, également membre du clan soudayri, Saoud al-Faycal, ministre des Affaires étrangères, et le fils préféré du roi, Abdelaziz, 29 ans, qui préside le cabinet royal. Ce ballet diplomatique illustre le fait que « la succession du roi est une question internationale », souligne Hasni Abidi, l’Arabie saoudite étant au cœur d’un dispositif économique, politique et diplomatique majeur au Moyen-Orient. Le prince Abdallah, qui n’est pas membre du clan soudayri, bénéficie d’une réelle popularité en Arabie saoudite, relève Hasni Abidi, en raison notamment de sa prise de distance vis-à-vis de Washington, « sans jamais avoir franchi les lignes rouges afin de conserver le parapluie militaire américain ». S’il ne s’oppose pas à la présence des quelque 6 000 soldats américains dans le royaume, il refuserait que l’Arabie saoudite entre dans un éventuel dispositif militaire américain destiné à renverser le président irakien Saddam Hussein. Le prince Abdallah serait également irrité que son initiative pour un règlement au Proche-Orient, endossée par l’ensemble du monde arabe et par l’Union européenne, basée sur le retrait d’Israël de tous les territoires occupés depuis 1967, n’ait pas été adoptée par Washington. Cette réserve américaine, selon le chercheur, a été comprise par le prince héritier comme une forte méfiance à son égard de la part des États-Unis qui entendent rester un « faiseur de roi » dans la région.
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