«Lepéniste, ont dit les imbéciles, la France est lepéniste», et la presse étrangère a repris en écho. «France lepéniste», sans plus y réfléchir. Il faut dire qu’elle se trouvait dans le trou, la France, en ce dimanche de dépouillement, et certains même s’avancèrent jusqu’à «lepenienne». C’est ainsi que, comme l’arbre cache la forêt, les adjectifs brutaux masquèrent les nuances du scrutin. Il n’y en eut que pour Le Pen ce soir-là, avec Jospin qui se retirait de la vie politique et Chirac, lent à réagir, qui ne tapait pas assez fort sur la table pour refaire le coup du premier RPR, bref il y eut un moment de vide, que les imbéciles se pressèrent de combler. Faut-il attribuer au choc la célérité de ce jugement triplement hâtif parce que triplement niais (comme on dit «triple idiote» quand la femme jette le bébé avec l’eau du bain). Mais pourquoi je m’énerve encore toute seule alors que tous, qui avec emphase, qui avec passion, disent comme moi ? Qu’il s’agissait du déguisement d’un soir, non d’une dénaturation du Pays. Enfin, moi, je me comprends, c’est ce qui compte quand on signe de son nom. Enfin, il était possible, ce dimanche-là, de distinguer des chiffres et des lettres, comme ça le reste aujourd’hui, comme ça le restera dimanche 5 mai au soir, et dans les prémisses des législatives. Pour le savoir, il suffit d’avoir l’œil et de l’ouvrir. Les «happy few» l’ont déjà fait. Parmi lesquels je me range, ne serait-ce que par l’ancienneté de regard. Parfaite la France, non, mais lepeniste jamais. Jamais, vous entendez. Non, je ne suis pas la nouvelle chroniqueuse électorale de L’Orient Le-Jour, mais je dis mon mot. Quand je bloque mes notes. Quoi faire d’autre ? S’embarquer dans le délire du 21 avril ? Moi qui, pour toute participation électorale, ai voté, en 1968, à Achrafieh, pour Boutros contre Sassine... Jamais avant, jamais après dans ma seule vie de femme. * * * Tout le monde sait ce qui me lie à la Syrie : Palmyre, les Ommeyades, l’Oronte, le voyage franco-libanais avant la lettre, jusqu’à Ugarit. Et me revoilà, Libanaise, annonçant mon chiraquisme qui date de quelques jours, mais tout peut commencer par de l’opportunisme, quand c’est pour l’amour de la patrie patrie, patrie libanaise, patrie France avec tendances tlassiste (sombre histoire), mais j’entre dans des confidences dangereuses, en souhaitant le bonjour à mon ami Antoine Mekdessi et aux autres Syriens aimés de loin. Vous allez croire ces lignes cryptées, elles ne sont que banales. Alors vive Chirac, vive la République syrienne et la République libanaise, séparément conjointes. Amal NACCACHE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Lepéniste, ont dit les imbéciles, la France est lepéniste», et la presse étrangère a repris en écho. «France lepéniste», sans plus y réfléchir. Il faut dire qu’elle se trouvait dans le trou, la France, en ce dimanche de dépouillement, et certains même s’avancèrent jusqu’à «lepenienne». C’est ainsi que, comme l’arbre cache la forêt, les adjectifs brutaux masquèrent les nuances du scrutin. Il n’y en eut que pour Le Pen ce soir-là, avec Jospin qui se retirait de la vie politique et Chirac, lent à réagir, qui ne tapait pas assez fort sur la table pour refaire le coup du premier RPR, bref il y eut un moment de vide, que les imbéciles se pressèrent de combler. Faut-il attribuer au choc la célérité de ce jugement triplement hâtif parce que triplement niais (comme on dit «triple idiote» quand la femme...