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Actualités - Reportage

Semaine du sourd - Les yeux ont des oreilles

La semaine du sourd, organisée du 20 au 27 avril, est placée sous le signe de l’information, de la communication et de la sensibilisation du grand public aux problèmes du monde des malentendants. Dans ce cadre, Mme Viviane Matar Touma, docteur en psychologie, chargée d’enseignement à l’Université Saint-Joseph et psychologue clinicienne à l’Institut du Père Roberts, expose dans les lignes qui suivent une brève réflexion sur la communication avec les sourds. Un jour, deux inconnus se croisent dans une rue déserte. Le premier salue l’autre d’un signe de la main. Le second réplique d’un geste de la tête. Un simple acte de politesse. L’un d’eux s’adresse à l’autre : «Pourrais-tu m’aider à retrouver mon adresse ? ». Et l’autre de répliquer par un hochement de tête et quelques signes de la main. Perplexe, les yeux grands ouverts, notre ami ne semble pas bien comprendre cette réponse «non verbale». Il reprend sa question mais n’encaisse que des gestes. Furieux, il s’emporte : «Tu te moques de moi ou tu es sourd ?». Le jeune homme incompris, soucieux de transmettre le message, semble comprendre la colère de son interlocuteur et tente de le calmer. Cependant, il n’a droit qu’à un geste brusque d’impatience. Que de gestes, mais pas assez de signes de compréhension. Que de fois l’être humain est incompris, non pas parce qu’il n’a pas su s’exprimer, mais parce que l’autre ne fait pas l’effort de comprendre. Que de fois l’homme fait la «sourde oreille» parce qu’il n’apprécie pas ce qu’il «entend» ou n’est intéressé que par ses attentes et, pire encore, parce qu’il est incapable de répondre à une argumentation. Que de fois un «dialogue de sourds» s’établit dans un monde d’entendants parce que ces derniers ont du mal à s’écouter les uns les autres. Mais il y a des personnes qui entendent avec les yeux : il suffit de «bien regarder» pour comprendre, ou mieux encore «d’ouvrir grands les yeux» pour entendre. Les yeux ont des oreilles tout comme les oreilles ont des yeux. Il n’y a pas que «le mot pour le dire». Le geste est de loin plus expressif. L’homme qui s’informait de son adresse n’entendait en fait que son angoisse et ne se préoccupait que de ses attentes. Il ne regardait pas assez pour comprendre que la personne en face de lui s’exprimait différemment. Son regard transperçait l’autre, comme si cet autre n’existait pas. Cela me rappelle la phrase que répétait sans cesse le vieux Tanios qui avait perdu la vue : «Mes yeux ne sont plus fonctionnels mais je peux tout “voir” si je veux». Ce qui est invisible ou incompréhensible pour les uns ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Le sourd cherche à «entendre» le «dit» et le «non dit», pour se rapprocher des entendants et s’intégrer dans la société («entendre», dans le sens de l’«entendement» et de la «compréhension»). L’entendant n’a pas besoin de faire l’effort d’entendre. Quand il est «haut placé» dans sa «petite société», il devient parfois sourd à tout ce qui est susceptible de perturber sa sérénité et sa routine. Entendre c’est donc faire un effort, échanger et, par conséquent, évoluer. Entendre, c’est voir en face ses erreurs et surtout les admettre. L’entendant est sourd par caprice ou encore par pure nécessité. Le sourd est, quant à lui, entendant parce qu’il cherche à entendre, voire à écouter. Viviane MATAR TOUMA
La semaine du sourd, organisée du 20 au 27 avril, est placée sous le signe de l’information, de la communication et de la sensibilisation du grand public aux problèmes du monde des malentendants. Dans ce cadre, Mme Viviane Matar Touma, docteur en psychologie, chargée d’enseignement à l’Université Saint-Joseph et psychologue clinicienne à l’Institut du Père Roberts, expose dans les lignes qui suivent une brève réflexion sur la communication avec les sourds. Un jour, deux inconnus se croisent dans une rue déserte. Le premier salue l’autre d’un signe de la main. Le second réplique d’un geste de la tête. Un simple acte de politesse. L’un d’eux s’adresse à l’autre : «Pourrais-tu m’aider à retrouver mon adresse ? ». Et l’autre de répliquer par un hochement de tête et quelques signes de la main....